ARCHIVES DU SITE EDULAB
- ex classedu
En avant pour l’école efficace !
AVERTISSEMENT
Voici une page d’archives du site
ciblant des recherches en éducation, avec des contenus sous la forme d’une
présentation word en html
Depuis un an, le site n’est plus
mis à jour, il sert ainsi de bibliothèque de ressources…
Bonne lecture, janvier 2025
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
1-Savoir s’impliquer dans
l’activité scolaire…
…/….
2-Apprendre à résoudre un
problème...
Un
problème se pose lorsqu’on constate qu’une situation est non satisfaisante. Dès
lors, que l'on constate l'existence d'un décalage entre la réalité et ce qui
est attendu, il existe un problème. Écrire un rapport, solutionner un exercice
mathématique ou faire fonctionner un outil est tout autant potentiellement
problématique. Et dans certains cas, une source d'anxiété, car on ne sait pas
comment s'y prendre, on craint de se tromper. Or résoudre un problème en
général est une démarche qui s’apprend. Tout d'abord pour solutionner un
problème, il convient d'en saisir le sens, d'affiner sa perception. De quoi
s’agit-il ? Quelles sont les données ? Quels sont les faits ? Quels sont les
paramètres, même ceux cachés ? Quel est l'inconnu ? Quelles sont les conditions
et les contraintes ? Comment y satisfaire pour résoudre le problème ? Quels
sont les implicites ?
Ensuite,
il convient de rédiger un résumé du problème, avec ses propres mots.
S'interroger aussi : est-il possible de formuler autrement le problème ? Ai je
déjà rencontré un problème presque similaire ? Est-ce que je connais déjà une
problématique qui s'y rattache ? Il est nécessaire de poser le problème en se
référant à des faits, non pas en exprimant des opinions des croyances, des préjugés. Il faut aussi
savoir bien délimiter le problème, observer ce qui lui appartient ou pas.
Pour dans
une seconde étape, tenter d'imaginer des hypothèses, des heuristiques de
résolution. Analyser dans un troisième temps la situation problématique en
décidant d'un angle d’attaque, en vous appuyant sur une théorie scientifique ou
bien une théorie scientifique. Essayez
de décortiquer les choses et de tirer le fil logique d'analyse, en se servant
din modèle, d'un filtre, d'un appui théorique. Considérez vos résultats, ce qui
est probant ou non. Vérifiez votre raisonnement. Corrigez-vous au besoin et
reconsidérez alors les résultats.
L’analyse des causes précède la construction de solutions. Parfois, une décomposition d'un problème
vaste en sous-problèmes bien délimités s'impose. Toutefois, si l’on agit
localement, il est indispensable de penser aussi globalement, de tenir compte
des relations entre le nœud du problème et des problèmes adjacents.
Attention,
un problème peut en cacher un autre. Tentez de penser en termes de changement,
de transformation et d'innovation, n'ayez pas peur de sortir du cadre, de
regarder d'un autre angle de vue afin de penser autrement, d'imaginer des
solutions alternatives. Un outil de visualisation de la situation problématique
peut s'avérer efficacement pour poser, clarifier, analyser et solutionner le
problème. À la manière d'une carte mentale, on peut mettre à plat les
différents éléments du problème, les hiérarchiser en données essentielles ou
secondaires, analyser la cohérence et les articulations entre les idées. C'est
construire une forme de modèle du problème pour le mieux résoudre.
3-Apprendre à maîtriser
l'information...
Ce siècle
est celui de l'internet, de la connectique et des réseaux où coulent des flots
continus d'information. Savoir s'orienter dans cet océan, ne pas perdre de vue
les vraies informations, éviter les pièges et les biais, opérer des tris,
vérifier les sources. Tout cela constitue un apprentissage de la maîtrise de
l’information et un grand enjeu éducatif.
La
procédure efficace consiste à bien cerner le sujet et préciser l'information
dont on ça besoin, rechercher l’information pertinente avec les noms mots clés,
sélectionner les documents selon leurs sources à vérifier, les classer,
prélever de l’information par une lecture rapide et compréhensive pour évaluer
son contenu, extraire l’information essentielle, la résumer, et savoir faire
l’analyse critique de son contenu. Savoir mettre en perspective l’information
proposée avec d'autres connaissances personnelles ou informations
contradictoires. En résumé, il convient de clarifier l'information recherchée,
par une ou plusieurs questions. Se documenter en triant, validant
l'information. Lire assez rapidement les documents, s'imprégner des contenus pour
savoir les communiquer. Communiquer l'information avec un regard critique et un
tissage avec d'autres informations et connaissances. Ce qui suppose savoir
prendre correctement des notes, les synthétiser et les organiser de façon
pertinente.
4-Apprendre à savoir
conceptualiser…
…/…
5- Apprendre à savoir prendre des
notes
La prise
de notes se conçoit à partir d'activités de reformulation : comparaison de
reformulations d’une même idée (fidélité aux données?), fabrication ludique de
mémo pour apprendre à noter ce qui est
essentiel avec l’aide de formules ou de schémas.
L’évaluation
est au service de l’apprentissage de par l'exercice de s’autoévaluer, effectuer
un bilan sur ce qui est acquis ou en voie d'acquisition,
6-Apprendre à échanger
Les échanges
en classe doivent nécessairement être réglés et cela s'apprend.
– demander
une réponse écrite et réfléchie avant de la donner à l’oral (pour meilleure
élaboration de la parole et de la réflexion),
– inscrire
les « tours de parole » pour donner la parole à tous.
– exiger
de temps à autre la reformulation de la question posée avant toute réponse
(meilleure concentration sur écouter
l’autre) ; – limiter les interventions
(son temps de parole) ;
– écrire
au tableau les interventions des élèves, puis travailler tous ensemble dessus
pour les comprendre, les regrouper, les éliminer...
- obliger
à utiliser des expressions précises, bannir par exemple le « on » intempestif
au profit d’un « je » personnel,
-
organiser un jeu de rôles (défense d'une
opinion, contradiction...).
7- Apprendre à savoir mémoriser...
On apprend
mieux lorsque les données sont bien structurées, en un « tout » clair, cohérent
et hiérarchisé. Clarifier, hiérarchiser, rendre cohérent. Et surtout, il vaut
mieux comprendre ce que l’on veut mémoriser, car on retient plus facilement
quelque chose qui est compris sur lequel on s'est interrogé, qu'on a réfléchi
et qui prendra tout son sens dans un répertoire de ressources et connaissances.
Il est préférable de questionner : de quoi ça parle ? Que faut-il en retenir de
façon synthétique ? Où cela se situe par rapport à mes connaissances déjà acquises ? Avec quels autres savoirs ou
quelles matières peut-on mettre en relation ce nouvel objet de savoir ?
En
permanence, la mémoire se réorganise en
fonction des données nouvellement acquises et des questions à traiter qui la
sollicite. C'est un organe dynamique qui articule les nouvelles connaissances
avec les anciennes dans une réorganisation inédite. C’est pendant le sommeil que le cerveau réorganise
les informations reçues pendant la journée. Dormir permet au cerveau de se
remettre à jour. On peut mémoriser à tout âge, il n'existe pas de limite, si le
cerveau est stimulé en permanence. Chacun mémorise à sa manière en relevant des
mots clefs sur des bristols, en dessinant des schémas, ou en écrivant ou disant
ce qui est compris en s'enregistrant. Visualiser, dire, dessiner, mimer sont
par exemple des moyens personnels pour retenir ce qui a été compris. Chacun
détermine sa meilleure méthode. On retient plus facilement ce qui a trait à la
réalisation d'un projet, sachant à quoi et pourquoi cela va servir plus tard.
On retient mieux une réponse à une
question que l’on s’est personnellement posée. On mémorise plus facilement
quelque chose de plaisant comme un exposé, un travail de groupe, une recherche
personnelle.
La
démarche la plus gagnante est de mettre l’accent sur la compréhension
d’ensemble. Pour ce faire, on récapitule la structure du savoir et les points
capitaux, en les écrivant. Le geste facilite la mémorisation.
Pour que
le savoir possède du sens pour l'apprenant, un glissement dans une
conceptualisation qui abstrait et catégorise des éléments peut renvoyer vers
divers référents du monde quotidien pragmatique. Il faut saisir ce jeu de déconstruction
pour abstraire et saisir l'essence d'un phénomène puis
de reconstruction des phénomènes dans leur matérialité.
Montessori
: l’intelligence ne se construit pas lentement…, comme le concevait la
psychologie mécanique » (p. 56), mais qu’il y a des bouffées, des fulgurances,
et, qu’à propos du raisonnement...
Freinet
: Ce qui comptait pour Freinet, c’était le « bain de la vie », de
l’action, l’apprentissage par la pratique et le projet concret, contre l’idée
illusoire, mais commune, de l’éducation classique formelle et verbale (« C’est
en forgeant qu’on devient forgeron », rappelait-il).
Houdé
: Quatre principes gouvernent « l’école du cerveau » : (i) la plasticité et le
recyclage neuronal (pour la lecture par exemple), (ii) l’attention et le
contrôle exécutif (notamment l’inhibition), (iii) l’engagement actif, la
curiosité et la correction d’erreurs (importance des émotions) et (iv) la
consolidation des apprentissages, le sommeil et l’optimisation de la mémoire
(espacer les périodes d’apprentissage). Exposer le cerveau à la beauté et à la
méditation.
- savoir observer des indices
d’apprentissage (compréhension) de l’élève, qui dépassent l’activité de
production d’un exercice (réussir) afin de réguler l’activité scolaire,
- savoir ordonner les difficultés
d’apprentissage d’un concept afin de réguler les planifications, savoir déduire
les stratégies de résolution possibles des élèves afin d’amener au mieux les
élèves à mobiliser les ressources qu’on souhaite leur faire apprendre pour
résoudre le problème posé, à se confronter au mieux, en agissant, aux
propriétés conceptuelles dont l’assimilation est visée,
- savoir ajuster la difficulté du
problème posé à la capacité présumée du groupe d’élèves à le résoudre, savoir
alléger le handicap cognitif sans modifier la nature du problème,
- savoir opérer des
institutionnalisations pertinentes, savoir définir les tâches scolaires de
manière à favoriser la dévolution des élèves,
- savoir amener les élèves à constituer
le monde des objets scolaires comme un monde d’objets à interroger sur lesquels
exercer des activités de pensée ; les conduire à comprendre ce qu’ils font et
comment ils le font (attitude de secondarisation)...
- savoir transmettre un savoir en vue
d’une re-création comme un objet épistémique, savoir re-contextualiser un objet
de savoir parcellisé dans sa transposition didactique grâce à une « mémoire
didactique » qui est recomposition en un tout de l’objet de savoir,
- savoir faire preuve d’une aptitude à
la lecture des potentialités des élèves, savoir lever le voile opaque de
l’apprentissage pour parier sur leurs compétences.
1/indiquer qui produit le comportement souhaité,
2/décrire l'activité de l'apprenant identifiable par un comportement observable
qui démontre que l'objectif est atteint, 3/ décrire le produit de ce
comportement ou la production résultante de ce comportement, 4/mentionner les
conditions dans lesquelles le comportement doit avoir lieu (environnement,
données, outils utilisables),5/ indiquer par des critères de réussite le niveau
auquel l'activité de l'apprenant doit se situer, ceci doit permettre à l'apprenant
comme au formateur ou à tout autre évaluateur de pouvoir affirmer si le produit
du comportement est où n'est pas satisfaisant.
L’assimilation
des adultes est d’autant plus facilitée que les savoirs, les compétences, les
attitudes sont exposés dans le contexte de leur mise en application en
situations réelles qui interpellent à la fois le professionnel et le personnel.
L’aspect
concret et de transférabilité des connaissances acquises est très important.
Former consiste aussi à rendre autonome
le stagiaire qui apprend, à devenir
conscient de ses progressions.
L'évaluation s'entend comme une mesure pour soutenir au besoin les
apprentissages des stagiaires. C'est un outil de pilotage de l'étude de l'apprenant qui voit ce qu'il
doit corriger ou abonder et un outil de pilotage de l'enseignement du formateur
qui peut recourir à des procédures pédagogiques spécifiques pour étayer
l'élaboration de connaissances.
Régulation
anticipée : une intuition juste avant la formation…
Régulation
voulue selon les valeurs du formateur…
Régulation
subie selon la réactivité des apprenants…
Régulation
à chaud / à froid...
Quels savoir-faire nouveaux vont-ils
acquérir ? De quels comportements nouveaux devront-ils faire la preuve et
comment ? Quelles difficultés nouvelles
cet apprentissage va leur faire connaître ? Pourront-ils refaire les
gestes montrés ? Devront-ils établir un lien entre ce savoir nouveau et un
savoir ancien ? Auront-ils à dialoguer ou négocier avec des autres spécialistes
? Devront-ils mettre en œuvre une technique précise ? Devront-ils améliorer
leurs processus ? Devront-ils évoluer
dans leurs attitudes profondes face à des situations complexes plus ou moins
faciles à vivre ?
Interroger
l'action
Interroger l'action revient à se
demander comment la rendre efficace. Si "ça rate", si "ça ne
marche pas comme ça" comment pouvons-nous nous y prendre pour trouver de
nouvelles façons de faire plus satisfaisantes, plus efficaces ? Comment
pouvons-nous mieux communiquer ? Comment se dire les choses ? Comment
pouvons-nous mieux collaborer ? Comment
pouvons-nous mieux solutionner ou inventer ? Comment mieux ré-investir ? Comment mieux re-bâtir ?
Comment mieux confronter les opinions ? Etc.
Parler de ses pratiques du travail permet
la mutualisation des pratiques, la conceptualisation des activités de travail
et la formalisation des activités. Conceptualiser revient à produire une
théorie, à généraliser. On peut conceptualiser pour faire ressortir des
invariants opératoires
Situation
d'enrôlement |
Situation
d'évocation |
Situation
d'émergence des représentations initiales |
Situation
de dévolution et encouragement |
Situation
d'action et régulation |
Situation
d'étayage individuel |
Situation
de confrontations socio-cognitives |
Situation
de réflexivité et de débats |
Situation
de modélisation |
Situation
de conceptualisation (méta-cognition et méta-objectivation des
savoirs-secondarisation) |
Situation
de comparaison évolutive des représentations (entre représentations initiales
préscientifiques et représentations finales scientifiques) |
Situation
de réinvestissement et transfert sur un autre terrain |
Question du scénario en
jeu d'apprentissage :
- Quel type d'activité commune ?
- Quel format pour que chacun y trouve sa place ?
- Quel effet mutuel de régulation entre les dimensions
collectives et individuelles de l'apprentissage ?
- Par quel acte de compréhension le savoir appris doit-il se
manifester ?
- Quels transferts sont souhaités ?
- Dans quel contexte d'utilisation ?
- Quels sont les outils indispensables pour apprendre, notamment
les outils intellectuels transversaux ?
- Quelle ressource humaine ?
- Quel outil spécifique à chaque discipline ?
Selon
elle, « un concept [...] réunit trois éléments : le mot qu’il désigne ; les
attributs qui l’identifient (la définition, [des caractéristiques communes] ;
une pluralité de cas auxquels les attributs s’appliquent (les exemples) » (ibid., p. 22). Apprendre consiste à
mettre en relation ces trois éléments et conceptualiser comprend cinq phases
: [1] « Percevoir » signifie «
donner une signification aux sensations » (ibid., p. 59) en prenant des décisions en fonction d’indices
déjà présents dans nos structures mentales, qui nous permettent d’établir
des distinctions. [2] « Comparer » consiste
à « distinguer des ressemblances et des différences en fonction d’un critère qu’il faut déterminer. La comparaison
est une pensée analytique qui sépare les éléments d’une entité pour les
examiner et en déterminer les liens. La difficulté consiste à comprendre que
les caractéristiques que l’on rapproche doivent être dans la même catégorie
» (ibid., p. 60). [3] « Faire une inférence ». Il s’agit, «
à partir d’éléments observés, de tirer une conclusion hypothétique sur la
nature de ces éléments. Cette opération mentale consiste donc à suggérer
une conclusion à partir d’une source limitée de données » (ibid., p. 61). [4] « Vérifier l’inférence » et la
justifier par la présence d’éléments observés dans tous les exemples, donc retourner à la source. [5] « Faire une hypothèse, vérifier,
généraliser. L’hypothèse est l’anticipation d’une règle ou d’un
principe général. Pour généraliser, il faut étendre l’inférence à tous
les cas qui présentent ces mêmes caractéristiques. Si cela peut se vérifier
(jusqu’à nouvel ordre), on a confirmé l’hypothèse ; si non, on l’a infirmée
» (ibid., p. 61-62). Ainsi, «
le modèle opératoire du concept permet
d’ordonner l’approche du savoir : si les attributs choisis sont présents dans
tous les exemples présents, alors je suis en présence d’un concept » (ibid., p. 62). La démarche ci-dessus
est inductive. On peut aussi procéder selon une démarche déductive. On
commencera « par nommer le mot (et/ou la définition), pour ensuite mettre les
élèves à l’épreuve face à des exemples et des contre-exemples non
identifiés. La tâche consiste alors à faire le tri, en exigeant une
justification pour chaque exemple » (ibid.,
p. 63). Selon Britt-Mari Barth (2013)
encore, « la capacité d’abstraction (ou de conceptualisation) est liée à
notre "base" de connaissances et d’expériences (notre structure
cognitive) qui nous permet de faire des liens avec des expériences nouvelles,
de discerner de plus en plus de nuances » (p. 63-64). Quant au sens, il « va
émerger dans cet aller-retour entre
les exemples que chacun peut vivre comme une expérience personnelle et les
mots abstraits que l’on va chercher ensemble pour s’y référer. C’est
par des approximations successives, guidées
par l’enseignant, que l’on s’oriente vers un sens partagé » (p. 65).
L’auteur propose enfin, dans un tableau, cinq conditions pour favoriser la
co-construction du sens.
Rapporté
par B. Robbes, 2019. ( Qu’est-ce qu’apprendre ?)
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
1-La formation consiste à faire
découvrir aux participants des méthodes pédagogiques nouvelles.
2- L’animation consiste à orchestrer
le débat entre les participants.
3- La formation consiste à
confronter les participants à des situations proches de leurs préoccupations
professionnelles.
4- L’animation consiste à conduire
le groupe vers l’objectif fixé par l’institution.
5- L’animation consiste à appliquer
les techniques.
6- L’animation consiste à organiser
le travail du groupe sur le plan des conditions matérielles.
7- La formation consiste à mettre en
œuvre des techniques d’animation.
8- L’animation consiste à se centrer
sur la tâche.
9- La formation consiste à inscrire
les actions dans un processus de suivi.
10- L’animation consiste à susciter
le plaisir d’être ensemble.
11- La formation consiste à
réactualiser les connaissances des participants.
12 - La formation consiste à faire
entrer l’inspecteur dans la pratique pédagogique.
13 - L’animation consiste à répondre
aux attentes exprimées des participants.
14 - La formation consiste à
modifier le comportement professionnel des participants.
15 - L’animation consiste à susciter
le plaisir de travailler ensemble.
16 - La formation consiste à
apporter les réponses aux problèmes posés.
17 - La formation consiste à aider les
participants à théoriser leurs pratiques.
18 - L’animation consiste à
favoriser l’autonomie du groupe.
19- L’animation consiste à susciter
la confiance des partenaires en leurs possibilités.
20- La formation consiste à intervenir sur les lieux de travail.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
Quel que soit le mode
d'enseignement, les objectifs pédagogiques ont pour fonction :
- de se projeter comme formateur /
animateur de session de formation sur un itinéraire d’activités;
- de structurer le travail du
formateur grâce à une hiérarchisation pertinente des objectifs ;
- de proposer un contrat aux
apprenants afin de faire émerger leur motivation ;
- de faciliter l'animation du groupe
en formation en le fédérant, suffisamment, vers un but commun ;
- d’identifier la pertinence des
activités d'enseignement et apprentissage à proposer aux apprenants : choisir
les techniques les mieux adaptés (exposé magistral, étude de cas, simulation…)
;
- de bien délimiter les thèmes (le
contenu ou programme) à développer afin que les stagiaires acquièrent les
nouveaux comportements ou savoirs, qui appartiennent aux objets de la formation
;
- de vérifier en cours de formation
l’absence de déviation du chemin d’enseignement prévu ;
- de s'assurer, à la fin de la
formation (ou d'une séquence de formation), l'arrivée à l'endroit souhaité. Et,
en ce sens, la notion d'objectif pédagogique est indissociable de celle
d'évaluation de l'apprentissage au travers de tests, de travaux pratiques ou de simulations.
On peut
évaluer à chaud les réactions au stage et à la formation, les acquisitions
théoriques, les acquisitions en situation professionnelle, les résultats
obtenus sur le terrain du travail, ou encore les effets dans l'entreprise. Pour
bien organiser une démarche d'évaluation, il convient de clarifier les
objectifs, de définir une stratégie, de bâtir des outils d'évaluation. Ensuite,
il faudra analyser les données recueillies grâce à l'évaluation, les apprécier
et décider d'améliorations éventuelles.
-
Saisir par l’esprit, acquérir des connaissances.
-
Apprendre c’est s’instruire, s’élever, s’initier.
-
Apprendre n’est pas recevoir, mais acquérir soi-même des connaissances, des
savoirs, savoir-faire, expériences qui vont se transformer et restructurer
l’ensemble de l’individu.
-
Apprendre c’est transférer et généraliser.
-
Apprendre c’est comprendre.
Apprendre
renvoie aux notions de compréhension, de savoir, d’élaboration des concepts, de
passage à l’abstraction.
L'animateur devra refuser la
fonction d'arbitre que le groupe peut être tenté de lui imposer pour se glisser
dans celle de conciliateur. Dans la négociation qui s'engage alors, plus ou
moins implicitement, l'intérêt commun et l’importance de la formation
l’emportent vraisemblablement sur les divergences entre pairs. Le formateur
doit révéler les conflits pour mieux les résoudre et toujours s’abstenir de
donner son positon personnel. Dans tous les cas, le lexique employé apaise et
responsabilise les participants. Il doit demeurer quel que deviennent les
échanges en position de conciliateur et pour ce faire préserver sa neutralité
et maintenir une certaine distance bienveillante avec le groupe. Il dira par
exemple : « Nous sommes là pour construire, être constructif, l’intérêt de
chacun se trouve aussi dans notre collectif de travail… recherchons ensemble
une solution acceptable pour chacun, dépassionnons le débat ».
Par son travail d'animateur/pédagogue,
le formateur gère et surtout prévient les phénomènes les plus excessifs afin de
ne pas mettre en péril le climat du groupe engendrant inévitablement une
importante dégradation de qualité et de l’efficacité de la formation. Aussi,
l'approche la plus pertinente semble de créer les conditions facilitatrices du
fonctionnement d'un groupe en formation et non à tenter vainement à juguler
toute interaction. D'ailleurs, une telle entreprise serait contreproductive,
car comme nous l’avons vu l’apprentissage individuel est une construction
personnelle et collective. Et en outre, travaillant avec de la « matière
humaine », nous savons que tout n'est pas maîtrisable. Un certain nombre de
circonstances extérieures à la situation d'enseignement vont influer sur
comportement des personnes et du coup sur le groupe : qu’il s’agisse du climat
social dans l’entreprise dans laquelle travaillent les personnes, du
volontariat ou non des inscrits, des problèmes personnels des stagiaires, etc. L'animateur ne les maîtrise pas, ou bien ne
les maîtrise que très peu. Aussi, convient-il de « prévenir au mieux » pour
éviter de « guérir dans l'urgence ».
–La situation vécue ou rapportée, où l'exposant est impliqué
ou bien extérieur
–L'émotion
–Le geste professionnel
–Le questionnement
-les matériaux passés ou présents
–Ces objets peuvent être :
–Définis a priori par les grilles utilisées
–Définis par le dispositif de formation
–Proposés par un participant, négociées ou proposée par le formateur
En tant que contrat passé avec le
groupe en formation, il est indispensable de présenter clairement les objectifs
d’apprentissage :
En présentiel (P), les objectifs
sont écrits à l'avance sur une affiche qui est conservée à la vue de tous, tout
au long de la session. Les objectifs sont lus, expliqués, précisés. Chaque fois
que nécessaire, ils sont rappelés afin de recentrer les débats si une ou
plusieurs personnes cherchent à faire dévier le groupe sur un autre sujet. Ce
qui justifie la clarté et précision de détermination et rédaction des
objectifs. Ils sont aussi utilisés pour articuler une phase de la séquence à
l'autre, pour tisser des liens avec ce qui fut déjà vu ou effectué, pour
annoncer un test ou une autre activité. Ils peuvent être relus pour montrer
l'avancement des travaux.
En formation à distance (D), les
objectifs sont également lus, expliqués et utilisés de la même sorte.
Communiqués par écrit à chaque stagiaire, ils sont rappelés à intervalles
réguliers tout au long de formation afin de maintenir une motivation
généralement plus volatile dans une formation à distance.
En e-formation (@), pour la même
raison que ci-dessus, les objectifs sont mentionnés dès les pages d'accueil du
site d'autoformation. Ils sont rappelés en début de chaque étape de la
formation afin de permettre à l’apprenant à bien se situer dans son parcours
formatif. Ils doivent clairs afin d’être bien compris, mesurables pour être évaluables
et réalistes. Ce dernier point mesure le sérieux de la formation.
En situation d'accompagnement (A),
l'objectif pédagogique prend la forme d'un « contrat de progrès » passé entre
l'accompagné et l'accompagnateur en vue d'une montée progressive en compétences
inscrite dans le temps. Comme dans les trois autres cas, le libellé gagne à
respecter des points incontournables comme la performance attendue au terme de
l’accompagnement, les conditions dans lesquelles cette performance se
manifestera et le critère certifiant de l'atteinte du résultat.
Maintenant que nous connaissons le
rôle et l'importance des objectifs pédagogiques, et que nous savons quand et
comment les présenter, illustrons par un exemple commenté en quoi ils nous
aident à structurer, à concevoir et à animer une formation ainsi qu'à choisir
et à délimiter les thèmes et les contenus qui sont à développer.
La structuration d'une formation par
objectifs pédagogiques facilite l’évaluation de l'apprentissage, à l'aide de
tests ou par d'autres moyens. De même, cette structuration nous aide à
distinguer la technique d'enseignement la mieux adaptée, la plus ajustée à
chacun des objectifs pédagogiques visés.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
Bruce Tuckman (1965) propose un modèle en 4 étapes qui
affirment la position de l’animateur/formateur. Il modélise la construction de
la cohésion d'un petit groupe (« team-building ») :
Formation : aller vers les autres ;
Lancement : abaissement des barrières de la politesse et
tentative d'aller dans le vif du sujet même si cela engendre quelques
altercations ;
Régularisation : s'habituer à chacun, et développer la
confiance et la productivité ;
Exécution : travailler dans un
groupe avec un but commun sur une base hautement efficace et coopérative.
Ce modèle généralise des comportements, bien évidemment la
singularité des acteurs et du groupe n’est pas prise en compte. Mais il dessine
un schéma d’action et de prise de décision pour le formateur de manière à viser
la « régularisation ». Si la méfiance persiste, un groupe peut ne jamais
arriver au stade de régularisation. Ce modèle est appelé « Forming - storming -
norming - performing »
Tiré de « Developmental sequence in small groups »,
Psychological Bulletin, Volume 63, Number 6, p. 384-99
Le lecteur sait-t-il pourquoi il lit ce document ? Les
raisonnements et les concepts utilisés sont-ils adaptés aux stagiaires ? La
présentation est-elle rigoureuse ? Le document est-il facilement lisible ?
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
- définir le jeu
- dévoluer le jeu
- se prendre au jeu
- jouer le jeu
- résoudre le jeu
- tricher le jeu
- sortir du cadre du jeu
- penser le jeu et l'objet porteur du jeu
- faciliter le jeu, le réguler
- communiquer son jeu, le formuler
- valider ou non le jeu d'apprentissage
- systématiser le jeu
- débattre du jeu entre apprenants…
Divers
types d'apprentissage en formation des adultes :
- l'apprentissage par résolution de problèmes
professionnels
- l'apprentissage par création d'outils pour un
projet
- l'apprentissage par le compagnonnage, tutorat
ou coaching (le développement personnel, les apprentis...)
- l'apprentissage par l'immersion (les langues
étrangères,
- l'apprentissage par la répétition (la
conduite automobile)
- l'apprentissage par l'imitation (la conduite
de machines technologiques)
- l'apprentissage par la rectification ( f.
Cours de peinture de B. BOYER)
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l’école efficace.
EN RESUME SUR LES
CONDITIONS D’APPRENTISSAGE DE L’ADULTE
Selon Marguerite Altet (Marguerite Altet, Les pédagogies de
l'apprentissage, PUF, 1997, p. 11.), « l'enseignement couvre donc deux champs
de pratiques :
-celui
de la gestion de l'information, de la structuration du savoir par l'enseignant
et de leur appropriation par l'élève (l’apprenant), domaine de la Didactique
-celui
du traitement et de la transformation de l'Information en Savoir par la
pratique relationnelle et l'action de l'enseignant en classe, par
l'organisation de situations pédagogiques pour l'apprenant, c'est le domaine de
la Pédagogie. »
Altet résume cette articulation avec le schéma suivant. Il
montre les rapports entre le champ de la pédagogie et le champ de la didactique
: le premier met en interaction les enseignants et les élèves via les «
finalités », le second fait interagir les mêmes interlocuteurs autour du «
savoir ». Elle définit la pédagogie comme « articulation dialectique et
régulation fonctionnelle entre les processus enseignement-apprentissage dans
une situation donnée par le biais de la communication, autour de savoirs et d’une
finalité ». Regarder l’articulation des cinq éléments, ci-dessous, en situation
définit l’art pédagogique de l’enseignant. Il est alors permis d’apprécier
comment apprenant et enseignant interagissent dans un rapport au savoir et par
la médiation de la communication.
Pour Altet, le fait pédagogique « se déroule dans le temps
synchronique de l'enseignement alors que le fait didactique est de l’ordre de
la diachronie, du temps fictif de l’anticipation des contenus, il se situe en
amont de la pédagogie dans la préparation de l'enseignant » (Altet, 1993). La
médiation de classe est de manière générale anticipée. Tout enseignant remplit
deux fonctions complémentaires : une fonction didactique de structuration et de
gestion des contenus et une fonction pédagogique d'aide à la construction du
savoir par l'organisation des situations de communication. L'enseignant est en
définitive un concepteur didactique tout comme un médiateur de savoirs.
Médiation, régulation, facilitation, transposition, anticipation, remédiation,
difficultés cognitives liées aux contenus et aux supports d'apprentissage sont
les maîtres mots de la fonction enseignante, avec l’adaptation aux variabilités
des conditions d’intercommunications éducatives. Savoir planifier et penser sa
didactique aident au savoir s'adapter, réajuster et recadrer les conflits
sociocognitifs en gestion de classe. En d'autres termes, une séance
didactiquement maîtrisée facilite la maîtrise communicationnelle avec le groupe
classe, simplifie la relation pédagogique avec des élèves peu enclins à
certains apprentissages. Une planification est indispensable pour effectuer un
enseignement. Celle-ci demande un travail de transposition didactique du savoir
savant en savoir scolaire ainsi que la conception de situations didactiques
appropriées selon l’objet de savoir et d’expérience à enseigner.
Quels sont les différents types d’étudiants que l’on peut
repérer en travail de groupe ?
- les impulseurs d’idées (pas
forcément les « bons élèves », souvent ceux qui vont créer le conflit)
-
les suiveurs (toujours d’accord avec les impulseurs)
- les régulateurs (se placent comme des arbitres pour gérer
les idées émergentes ou les possibles conflits de tout genre)
- les silencieux (contrairement aux suiveurs, ils ne se
prononcent peu ou pas)
Le
professeur ou le formateur tient le rôle de régulateur, il observe, accompagne
en cas de besoin et enrichit les interactions.
Il encourage ceux qui ne se prononcent pas et canalise ceux qui
s’imposent trop, car tous les étudiants doivent contribuer à l’apprentissage
collectif.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
Être pédagogue et faire preuve d’une pédagogie efficace ne
revient pas à la même chose. Dans le langage courant, être pédagogue revient à
savoir bien expliquer les choses. Faire preuve de pédagogie efficace signifie
enseigner un savoir ou une expérience par des méthodes efficacement adaptées à
un individu ou un groupe d’individus. Dans l’une, c’est l’art (inné ?) et dans
l’autre assertion, c’est la méthode (à acquérir). Pour É. Durkheim : la
pédagogie est une « réflexion appliquée aussi méthodiquement que possible aux
choses de l'éducation » (L'évolution pédagogique en France, Paris, PUF, 1938,
p. 10). Il explique également que « la pédagogie est une théorie pratique », comme
la médecine ou la politique. La pédagogie est à la fois une théorie et une
pratique : une théorie ayant pour objet de réfléchir sur les systèmes et sur
les procédés d'éducation, en vue d'en apprécier la valeur et, par là,
d'éclairer et de diriger l'action des éducateurs. Pour Françoise Clerc, la
pédagogie est « l'ensemble des savoirs scientifiques et pratiques, des
compétences relationnelles et sociales qui sont mobilisées pour concevoir et
mettre en œuvre des stratégies d'enseignement ». Pour Franc Morandi, la
pédagogie est « l’étude et mise en œuvre des conditions d'apprendre » (Pratiques et logiques en pédagogie, Nathan
Université, 2002, p. 5.).
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
On l’a longtemps cru et jugé qu’il existait un art d’éduquer
les enfants, que cette activité relevait d’une habileté. Le pédagogue était
cette personne qui avait le don spécial (souvent supposé) de conduire l’élève
sur les chemins du savoir. Cette représentation fut très résistante et persiste
encore par certains égards. On oppose encore le bon charisme de l’enseignant,
un savoir-faire naturel ou spontané à la notion de professionnalisation des
maîtres-maîtresses d’école rebaptisés professeur-e des écoles. Reconnaissons
que la pédagogie, cette activité consistant à mener vers des connaissances des
enfants, n’est pas de l’ordre d’une science solide et précise. L’enseignant
n’est pas un métronome et les élèves ne sont pas des êtres que l’on peut «
gaver » de savoirs. La pédagogie est normative : elle prescrit ce qu’il
convient de faire. Son but n’est pas de décrire ou d’expliquer, mais de diriger
l’action. Elle est un art dans la mesure où elle tend vers une visée pratique,
une technique qui n’est pas « naturelle ». Toutefois, elle exige comme pour le
plasticien ou le musicien une certaine expérience du métier, où la seule étude
ne suffit pas. Le pédagogue ou le formateur doit user de ses savoirs pour faire
autorité, de son expérience pour jouer de la ruse et de l’habileté, et de son
savoir-être dans la gestion d’un groupe d'élèves.
…………………………………………………………………………………………
●
La pédagogie est l’art de conduire
les élèves à apprendre. C’est un dispositif pour déployer un processus optimal
d’apprentissage,
●
Ce dispositif relève de
l’intercommunication en classe, variable selon les élèves présents et l’objet
de savoir à enseigner, il existe plusieurs formats pédagogiques, plusieurs
situations d’apprentissages…
●
La didactique s’intéresse aux objets
de savoir dans ce qu’ils ont de spécifique relativement à leurs apprentissages:
quelles sont leurs propriétés? Quels freins et leviers pour les faire acquérir?
Comment faire pour rendre l’objet de savoir appropriable?
●
L’un relève de la face communication
et savoir et l’autre de la face appropriation et savoir (appropriation de
l’objet de savoir).
…………………………………………………………………………………………
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
L'analyse des situations de
médiation à travers les interactions langagières enseignants-élèves montre
diverses centrations (Psychologie de l’éducation, Merri, Pichat (coord.) Bréal,
2007) :
- Une centration sur le pôle « sujet
» voit le rôle de la médiation dans les processus d'apprentissage et de
développement des schèmes des élèves.
- Une centration sur le pôle «
didactico-institutionnel » regarde la nature de la médiation en fonction des
caractéristiques de l'école en tant qu'institution didactique ou en fonction
des styles pédagogiques des enseignants.
- Une centration sur le pôle «
didactico-conceptuel » où la nature « épistémologique » des types de
connaissances impliquées est étudiée dans les médiations, ainsi que la
transformation de ces connaissances.
-
Une centration sur le pôle « linguistique et sémiotique » observe les
propriétés de médiation, étudiées à la lumière de caractéristiques de la langue
et des systèmes de signes.
Andrée Dumas-Carré et Annick Weil-Barais précisent que «
dans le cadre de la tutelle, c'est l'exécution des tâches qui détermine les
interventions du professeur, alors que dans le cadre de la médiation, c'est le
rapport au savoir qui est travaillé » (Dumas-Carré et Weil-Barais, 1998, p. 5).
Line Numa-Bocage (2007) propose d'envisager la médiation didactique comme un
concept permettant de comprendre les processus en jeu dans les interactions
scolaires d'enseignement-apprentissage. Cette compréhension permet à
l'enseignant l'ajustement de son action de médiation au plus près du niveau de
conceptualisation atteint par chaque élève.
Les concepts de tutelle et de médiation, étudiés dans un
premier temps chez des enfants très jeunes, ont été retravaillés dans des
contextes didactiques plus larges comme dans le champ de la formation
professionnelle et technique où ils apportent des éléments de réflexion
essentiels pour la conception de dispositifs d’apprentissages tout au long de
la vie.
Le psychologue Bruner a étudié l’activité des jeunes enfants
(la médiation de tutelle) et la mise en évidence des interactions entre les
stimulations de l’adulte et les réactions de l’enfant. Bruner détermine 6
points capitaux pour faire apprendre :
- l'enrôlement : engager l’intérêt et l’adhésion du sujet
dans la tâche, soutenir l'intérêt du sujet par rapport à la tâche,
- la réduction des degrés de liberté : réduire l’ampleur de
la tâche, simplifier la tâche par réduction du nombre des actes constitutifs
requis pour atteindre la solution, afin de réguler le feed-back de façon à
pouvoir l’utiliser comme moyen de rectification, simplifier la tâche pour aider
l’apprenant à résoudre le problème posé avec une prise en charge par le tuteur
des tâches les plus complexes ensuite rétrocédées à l’apprenant pour éloigner
ainsi une surcharge cognitive en début d'activité,
- le maintien de l'orientation : éviter que le sujet
s’écarte du but assigné par la tâche, maintenir la poursuite d’un objectif
défini, en faisant que cela vaille la peine de risquer un pas de plus, éviter
que le sujet s’écarte du but assigné par la tâche,,
- la mise en évidence des caractéristiques déterminantes de
la tâche : attirer l'attention sur les éléments pertinents de la tâche pour son
exécution, attirer l'attention sur les éléments pertinents de la tâche pendant
son traitement par l’apprenant,
- le contrôle de la frustration : ne pas créer une trop
grande dépendance de l’élève à l’égard de l’enseignant, éviter que les
difficultés que l’apprenant rencontre ne se transforment en échec et le
démotivent dans son entreprise de résolution de la tâche
- la démonstration : démontrer ou présenter des modèles de
solutions pour une tâche, comme élément d’étayage, aider à démontrer, à achever
la tâche, à détailler les étapes de la tâche.
Oui.
Ces dernières décennies ont vu des recherches se développer à partir de l’étude
et de l’intelligibilité de situations réelles de classes qui ont été filmées.
Les outils de l’ergonomie cognitive ont été déterminants pour modéliser de
nouvelles approches de l’étayage et de la régulation des classes de formation
des jeunes. Ces critères nous semblent dans une certaine mesure également
applicable en formation des adultes. Deux auteurs majeurs sont apparus avec des
paradigmes bien différents par ailleurs.
Bucheton a défini un ensemble de critères d’étayage dans
l’acte de former, avec son équipe de recherche du LIRDEF, laboratoire de
Montpellier, qui travaille depuis
quelques années sur la question des gestes professionnels.
1- le tissage qui est une articulation entre les différentes
unités de la leçon. Il s’agit d’une opération de liaison que fait opportunément
l'enseignant. Ce tissage comprend les entrées en matière (mise en train,
l'articulation des tâches, le bout du tunnel, l'instrument papier), les types
de transition (la transition implicite, l'absence de transition, la transition
conclusive), la gestion matérielle afférente ;
2- l’étayage qui se définit comme ce que l'enseignant
effectue parce que l'écolier ne peut pas agir seul. Il comporte les fonctions
de soutien où le professeur accompagne les élèves dans leur démarche
d'apprentissage (appui sur les savoirs et l'expérience, le
dépistage-focalisation, le comment faire, le synthétiseur comme
sous-catégorisations), les fonctions d’approfondissement où l'enseignant se
focalise sur un élément du discours des élèves pour les amener à le creuser
(approfondissement personnel ou collectif, effet miroir,
reformulation-explication), les fonctions de contrôle où le pédagogue veille au
contrôle des réponses (l’œil averti, la validation, l’impatience sont des sous-catégorisations)
;
3- l’atmosphère qui relève du climat cognitif et
relationnel autorisant ou non la parole
aux apprenants. Cette catégorie se subdivise en sous-classe avec les fonctions
ludiques qui sont des diversions par rapport aux cadres didactiques (par
exemple les « anecdotes » ou la « spontanéité » qui ont pour but de détendre
l’atmosphère de classe et pouvant présenter un lien sous-jacent avec le travail
en cours). Autre sous-classe : les fonctions d'affectivité : le « ne... pas »
vise le retour à l'ordre et les « gratifications » sont les félicitations et
encouragements du professeur accordés aux élèves. La fonction d’enrôlement
règle la participation dialoguée des élèves (par le verbal ou le muet).
4- la quatrième catégorie est celle du spatio-temporel qui
comprend la gestion du temps par l'enseignant (le timing), la boîte à outils
(qui renvoie essentiellement à l'affichage en classe), le parcours du
combattant qui sont les déplacements de l'enseignant pour réprimander les
élèves, consolider le groupe classe, contrôler et rectifier les erreurs,
préciser une consigne ou gérer le matériel scolaire en distribuant du matériel.
La sous-catégorie « bougeotte » est la gestion des déplacements des élèves. La
dernière et cinquième catégorie concerne les spécificités didactiques. C'est le
« faire apprendre » grâce aux dispositifs conçus par le maître d'école. Cela
est fonction de la discipline enseignée et non reproductible à l’identique
d’une discipline scolaire à l'autre.
Cette œuvre de catégorisation de l’étayage forme aussi un
repère pour analyser les composants de l’activité d’enseignement et de
formation. Cette catégorisation permet d’accéder aux artefacts utilisés, aux
savoirs travaillés, aux tâches scolaires, à la temporalité entre les leçons, au
climat de classe ; bref à la gestion de la classe et à la gestion des savoirs.
Cinq catégories ont été définies, car elles paraissent recouvrir les évènements
essentiels du déroulement d’une leçon. La mise en mot de chaque catégorie
renvoie à l’action enseignante proprement dite. La nominalisation de ces
catégories conceptuelles devrait faciliter la compréhension du lecteur, qui,
par leur lecture, pourra visualiser les actions enseignantes.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
Les critères de Sensevy sont apparus à la suite de la
théorie des situations didactiques, établie par Brousseau. Le didacticien des
mathématiques, Brousseau avait établi un ensemble de gestes dans sa théorie des
situations didactiques (dont certains sont entrés dans le vocabulaire des
enseignants et formateurs). Son projet était d’enseigner un contenu
mathématique tout en laissant à l’élève la marge de manoeuvre et d’initiative
la plus grande possible. Les types de situation qu’il identifie amènent l’élève
à objectiver les connaissances utilisées pour résoudre un problème, sous la
conduite de l’enseignant qui en facilite le déroulement.
Situation de passation de la consigne : l’enseignant
explicite la tâche à effectuer aux élèves,
Situation de dévolution : l’élève s’approprie la tâche
proposée par l’enseignant à partir de ses connaissances anciennes,
Situation d’action: l’élève élabore des connaissances
implicites comme moyen d’action pour effectuer une tâche scolaire,
individuellement et/ou collectivement,
Situation de formulation: l’élève explicite les procédures
employées et les solutions obtenues,
Situation de validation: l’élève présente des preuves
intellectuelles pour convaincre de ses résultats et démarches,
Situation d’institutionnalisation : la validation étant
suffisante, il est permis une généralisation de connaissances en savoir
partagé, les caractéristiques de ce nouveau savoir et savoir-faire sont
précisées.
Les gestes professionnels définis par Sensevy/CREAD font
suite à ceux de Brousseau. Sa description didactique est fortement liée au
contenu d'enseignement et à une construction d'une didactique singulière. Cette
description s’oriente à partir des grandes catégories qui sont la mésogenèse,
la chronogenèse et la topogenèse.
La mésogenèse relève de la constitution d’un milieu pour
apprendre au sens de Brousseau. Elle s’intéresse aux contenus. En réponse au «
comment quoi ? », il s’agit de décrire comment s’effectue la tâche scolaire,
d’identifier le contenu épistémique précis des transactions didactiques. C'est
une catégorisation descriptive pour étudier la co-élaboration par l'enseignant
et les élèves du contenu de l'interaction.
La chronogenèse est la progression de l’apprentissage dans
le temps, une catégorisation liée à la progression de tout enseignement. Le
contenu se modifie incessamment, le savoir se disposant sur un axe temporel. Il
s'agit de faire avancer le temps didactique, de faire avancer les
apprentissages. En réponse à « comment quand ? », il s’agit d’identifier la
temporalité, la nature et les raisons du passage à certains moments d'un
contenu épistémique à un autre.
La topogenèse interroge la part accordée à chacun des
protagonistes dans le procès d’apprentissages. Nous observons ici le partage
des responsabilités de la transaction didactique entre les élèves et le
professeur. Qui introduit telle ou telle manière d’agir, qui a validé la
manière de faire, qui porte le travail sur les contenus s d’enseignement. La
topogenèse répond donc à « comment qui ? » : il s’agit d’identifier comment le
contenu épistémique de la transaction est effectivement réparti entre les
transactants.
En outre, la mésogénèse comprend 4 catégories d’analyse :
1. Définition du jeu : Le maître précise le but de la tâche
scolaire. Par exemple : trouver le
sujet, le verbe, identifier le GNS, le GV ou déterminer le
circonstant (complément de phrase)
ou le complément de verbe (COD, COI).
2. Dévolution : Les élèves s’approprient le problème posé
par l’enseignant. Par exemple, en début de leçon, il y a une question à
laquelle il faut répondre. L’enseignant propose la plupart du temps des
transformations de phrases (pronominalisation, conjugaison, etc.). Les
élèves s’appuient sur ce qui peut se
dire / ce qui ne peut pas se dire. Avec l’aide de l’enseignant, ils cherchent
la raison de cet usage.
3. Régulation : Elle consiste en l’étayage, l’aide
qu’apporte l’enseignant dans la réalisation de la tâche scolaire des élèves.
4. Institutionnalisation : C’est l’explicitation et la
généralisation de la règle. Deux cas peuvent par exemple se présenter. Soit,
les élèves ont trouvé la réponse au pourquoi de l’usage : l’enseignant peut
généraliser. Soit, les élèves n’ont pas vraiment trouvé : l’enseignant est
embarrassé et finit par donner la réponse.
EDULAB, En avant pour l’école
efficace.
Gardons à l’esprit qu’il y a le savoir former et les savoirs
pour former, ou autrement dit il y a le savoir
enseigner et les savoirs à enseigner. Cette distinction renvoie à celle
entre intervention pédagogique et intervention didactique qui s’intéresse en
priorité aux contenus lorsque la
première focalise sur la communication, la relation aux apprenants, la
dynamique du groupe et les modèles pour faire apprendre et consolider cet
apprentissage. Selon Bucheton : « Une didactique disciplinaire a pour objet de
modéliser les meilleures conditions pour faire acquérir à des sujets des objets
de savoir qu’elle étudie, identifie, questionne », (in Lenoir, Pastré «
Didactique professionnelle et didactiques disciplinaires en débat », 2008, p.
286).
Brousseau (didacticien des mathématiques) au travers de sa
théorie des situations didactiques (1998) a modélisé la situation didactique en
partant d’abord du constat qu’il existe des situations didactiques, des
situations a-didactiques et des non didactiques. Ces dernières relèvent de la vie courante,
elles se différencient des premières dans la mesure où rien n’a été construit
comme milieu pour apprendre. Une situation non didactique est ainsi une
situation sans finalité didactique pour laquelle le rapport au savoir s’élabore
comme un moyen pour agir en situation de faon économique : par exemple,
apprendre à faire du vélo. En revanche, les situations didactiques sont des
situations qui servent à enseigner. Une situation est didactique lorsqu’un
individu (en général le formateur) a l’intention d’enseigner à un autre
individu un savoir donné (l’apprenant). Une situation a-didactique est une
nuance importante c’est la part de la situation didactique dans laquelle
l’intention d’enseigner n’est pas explicite au regard de l’élève. Le sujet
réagit en effet comme si la situation était non didactique : l’élève prend
alors des décisions, engage des stratégies et évalue leur efficacité. Cette
importance accordée à la situation dans la construction des connaissances
provient de la didactique des mathématiques en France. L’idée fondatrice est
qu’une discipline qui a mis des millénaires à construire ses savoirs ne saurait être par l’apprenant à redécouvrir
de manière spontanée. Du coup, l’enseignement doit provoquer une genèse
artificielle des connaissances chez l’apprenant. Ce postulat de Brousseau pose
la question du faire sens des apprentissages pour l’élève, comme pour un adulte
en formation. Brousseau présente une situation didactique prototypique : la
course à 20 qui est l’origine de la
théorie des situations didactiques. Elle est un point de départ pour entrer
dans les «Fondements et les méthodes de la didactique», tels qu’il les conçoit
: plaçant au centre de la réflexion, la notion d’apprentissage par adaptation à
des conditions qu’on cherche à décrire avec rigueur et systématicité. (Théorie
des situations didactiques (1998) Grenoble : La Pensée Sauvage.) Avec cette
théorie Guy Brousseau cherche à démontrer que l’échec des apprentissages en
milieu scolaire s’impute en dehors des caractéristiques des apprenants, il y
aurait des causes à rechercher du côté des caractéristiques des situations
auxquelles sont confrontés les apprenants pour apprendre. Ce principe le
conduit à privilégier la notion de milieu où l’élève apprendre en faisant : «
tout ce qui agit sur l’élève ou ce sur quoi l’élève agit » (Brousseau, 1998).
Toute situation didactique est à la
fois définie d'un point de vue externe par ses caractéristiques objectives et
d'un point de vue interne par l'interprétation que le sujet élabore
subjectivement de cette situation. Le raisonnement de l'apprenant, face à une
tâche didactique qui lui est assignée, n'est pas uniquement lié aux
caractéristiques objectives de cette tâche : une part non négligeable est
donnée à la signification sociale qu'il lui attribue subjectivement (Levy et
Grossen, 1989). Les réponses fournies par un apprenant dépendent pour partie de
son inférence contractuelle des attentes
normatives de l'enseignant qu'il pense devoir satisfaire : c'est donc en
référence à sa représentation du contrat didactique qu'il convient de saisir
une partie du comportement de l'apprenant. Le raisonnement de l'apprenant, en
situation didactique, porte ainsi sur des enjeux intersubjectifs qui dépassent
le seul traitement de l'objet immédiat de l'activité : le savoir. Ne
présupposons donc pas que les opérations de raisonnement visent uniquement à
conceptualiser et à comprendre le savoir en jeu. Il y a des « interférences » à
reconnaître sur lesquelles agir. Brousseau a établi un ensemble de gestes dans
sa théorie des situations didactiques (dont certains sont entrés dans le
vocabulaire des enseignants et formateurs). Son projet était d’enseigner un
contenu mathématique tout en laissant à l’élève la marge de manœuvre et
d’initiative la plus grande possible. Les types de situation qu’il identifie
amènent l’élève à objectiver les connaissances utilisées pour résoudre un
problème, sous la conduite de l’enseignant qui en facilite le déroulement.
Le contrat didactique
Le concept de contrat didactique repose sur la mise en
exergue d’un paradoxe propre à toute situation d'enseignement. L’enseignant
recherche toujours à obtenir de l'apprenant un certain comportement. Mais il ne
peut lui en signifier tous les termes, les attendus précis, les configurations
sans en donner la solution. Sinon, il ne pourrait y avoir apprentissage.
L’écueil de tout apprentissage est bien l’effet Topaze ou Jourdain, qui sont
les plus connus des décalages entre les attendus et la réalité de classe : les
élèves effectuent autre chose que l’attendu. Rappelons que l’effet « Topaze »
s’exprime lorsque l’enseignant suggère la réponse sous une forme plus ou moins
dissimulée. Avec l’effet « Jourdain » : l’enseignant délivre la réelle réponse
attendue à partir d’une réponse banale ou approximative d’élève. C’est
l’ambiguïté du contrat didactique qui génère ces effets. Ce décalage modifie du
coup le contrat didactique, un concept introduit par Guy Brousseau. Il le
définit comme l'ensemble « l'ensemble des comportements [spécifiques du savoir]
de l'enseignant qui sont attendus de l'élève et l'ensemble des comportements de
l'élève qui sont attendus de l'enseignant. [...] Ce contrat est l'ensemble des
règles qui déterminent explicitement pour une petite part, mais surtout
implicitement ce que chaque partenaire de la relation didactique va avoir à
gérer et dont il sera, d'une manière ou d'une autre, comptable devant l'autre » (Brousseau, 1980, p. 127).
Ce qui veut dire qu' « au cours d'une séance (...) l'élève interprète la
situation qui lui est présentée, les questions qui lui sont posées, les
informations qui lui sont fournies, les contraintes qui lui sont imposées, en
fonction de ce que le maître reproduit, consciemment ou non, de façon
répétitive dans sa pratique de l'enseignement. » (Brousseau, 1982, p. 61). Le contrat didactique, fort manifeste en cas
de transgression, « se nourrit des interprétations successives que les agents
se font des attentes réciproques, ainsi que des sanctions et gratifications
qu'obtiennent leurs différents comportements » (Schubauer-Leoni, 1986, p. 141).
Plus précisément, l'élève tente d'inférer les propos des termes du contrat sur
la base de ce que le formateur reproduit (consciemment ou non) de manière
habituelle et répétitive, dans sa « pratique de l'enseignement » (Brousseau,
1980, p. 127), c'est-à-dire ses choix didactiques, ses évaluations, ses habitudes d'enseignement.
Le contrat didactique permet dès lors à l'élève d'injecter de la signification
dans l'espace didactique du formateur au sein duquel il entreprend des actions
pour apprendre. Il lui fournit des repères relatifs à ses responsabilités, il
explicite la règle du jeu relative au savoir impliqué. Le « formé » tente ainsi
de répondre aux questions : qu’est-ce qui doit être fait? De quelle façon? À
quel moment? Il est ainsi indiqué la règle « contractuelle » du jeu relative au
savoir impliqué (s’entendant que ce savoir relève d'un système de normes à
respecter de manière à satisfaire les attentes de l'enseignant.)
En conséquence, il apparaît que l’efficacité de la relation
didactique dépend de la compréhension mutuelle des attentes et des intentions
de l’autre, la levée des implicites des uns et des autres. Le contrat
didactique n'est pas le contrat pédagogique. Ce dernier est explicite, il
se caractérise comme un engagement dans
lequel les formateurs et les apprenants contractualisent avec leurs attentes
respectives et les conditions de réalisation du cours. En revanche le contrat
didactique relève largement de l’implicite ; il « n'est pas un contrat effectif
[car il n'implique] pas de conditions explicites ni même exploitables et
connues des acteurs, pas de clause de ruptures ni de sanctions véritables »
(Brousseau, 1998, p. 82). De plus, il porte sur des objets de savoir précis qui
amène à des attentes spécifiques au savoir structurant la relation entre
l'enseignant et l'apprenant tandis que le contrat pédagogique s’attache plutôt
à des généralités dépassant le champ disciplinaire. Ce sont des règles et
conventions générales relatives à la communication, à la transmission, au
dialogue en fonction d’objectifs pédagogiques définis. La didactique est plus
précisément fondée sur l’expression même du savoir ou du savoir-faire/être à
transmettre. Elle est finement liée à une transposition didactique du savoir
pour le rendre enseignable, appropriable et assimilable. Les didacticiens des
disciplines scolaires ont souligné la présence d’un contrat pour tout
apprentissage et surtout sa nécessité afin que les apprentissages se
produisent.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
ZOOM SUR L'IMPLICITE D’UN CONTRAT DIDACTIQUE AVEC
L'EXPÉRIENCE DE L'ÂGE DU CAPITAINE
On a proposé à 97 élèves de CE1 et CE2 le problème suivant :
« Sur un bateau il y a 26 moutons et 10 chèvres. Quel est l’âge du capitaine ?
» Parmi les 97 élèves, 76 ont donné l’âge du capitaine en utilisant les nombres
figurant dans l’énoncé. Le contrat implicite entre les élèves et l'enseignant(e)
pour un problème donné peut être interprété par les points suivants : (a) un
problème posé a une réponse et une seule, (b) pour parvenir à cette réponse,
toutes les données doivent être utilisées (c) aucune autre indication n’est
nécessaire et (d) la solution fait appel aux connaissances enseignées. En
conclusion, le contrat implicite entre les élèves et l'enseignant peut être
interprété par le fait que l'enseignant ne peut pas donner des exercices
impossibles à résoudre.
Stella Baruk (1985). "L’âge du
capitaine" de l'erreur en mathématiques. Éditions points.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
La notion de transposition
didactique est issue du champ de la didactique
des mathématiques. Elle a été introduite en 1985 par Yves Chevallard, à la
suite des travaux de Michel Verret (1975). Chevallard la définit ainsi : « Un
contenu de savoir ayant été désigné comme savoir à enseigner subit dès lors un
ensemble de transformations adaptatives qui vont le rendre apte à prendre place
parmi les objets d'enseignement » La procédure qui conduit d'un objet de savoir
à enseigner, un objet d'enseignement est une transposition qui repose sur des
modifications opérées sur le savoir afin que celui-ci puisse être enseigné. Ces
modifications ne relèvent pas seulement de la simplification du savoir, mais
d'un authentique travail de reconstruction. Cela implique des actes de
sélection de certaines composantes de ce savoir, des choix de modalités de mise
en scène et d'étude didactique de celui-ci, des sélections sur les manières de
travailler ce savoir. Il s'ensuit que le
savoir enseigné effectivement, résultat du processus de transposition, montre
des écarts par rapport au savoir « savant » de référence. Ce processus « d'apprêt didactique » est
réalisé à travers une suite d'étapes. On part de la transformation du « savoir
de référence » en « savoir à enseigner ». Il s’agit de décider ce qui va en
être « retenu » et ce que, de ce fait, l'enseignant aura pour mission
d'enseigner. Ce savoir se singularise par les diverses options effectuées :
certains concepts doivent être enseignés, alors que d'autres sont passés sous
silence, certaines difficultés sont abordées, d'autres non. Certaines
applications sont étudiées, d'autres non. Une notion est explicitée d'une
certaine façon et selon la complexité propre au savoir de référence, les
expériences passées, la place au sein de l'ensemble des autres savoirs à
aborder et en lien avec les savoirs antérieurement étudiés. La deuxième étape
de la transposition didactique consiste à transformer le « savoir à enseigner »
en « savoir prévu d'être enseigné ». Ici, ce n’est pas la noosphère des
décideurs de l’enseignement et de la formation qui décide, mais l’enseignante
et le formateur lui-même. Elle vise à « compléter » la transposition
précédente, encore largement inachevée. Il
appartient à l'enseignant d'opérer une série de choix et de décisions
pratiques d'enseignement :le choix des activités pour introduire et
problématiser le savoir, de la progression temporelle à adopter, des
explications et des exemples pour illustrer, des exercices et des tâches
proposée aux apprenants. Il convient aussi de sélectionner les procédures et
techniques qu'il sera demandé de mettre en œuvre, etc. Un certain nombre de
paramètres sont décisionnels : le matériel utilisable, le temps et
l'organisation temporelle à sa disposition, l’expérience passée d'enseignement
des objets de savoir impliqués, le niveau et les difficultés des apprenants, la
propre compréhension du formateur sur le savoir enjeu, etc. La troisième étape
du processus de transposition didactique consiste en la transformation du «
savoir prévu d'être enseigné » en « savoir effectivement enseigné », assuré à
nouveau par l'enseignant. Alors que l'étape précédente était anticipée à
l'occasion de la préparation de l’intervention, du cours, cette étape est menée
« en direct » pendant la session de formation ou le cours, durant l’enseignement
même. En effet, le formateur est couramment confronté à un écart entre le prévu
et la réalité, entre ce qu'il est prévu d'enseigner et ce qu'il est
effectivement possible d’enseigner. L’origine de cet écart se trouve dans les
réactions de ses élèves et les conditions effectives de la situation
d'enseignement : incompréhension de certains élèves, questions inattendues,
exercices non réalisés de la façon prévue, lente avancée du travail des
apprenants, etc. Afin de s'adapter à ces imprévus, le formateur est ainsi
contraint d'ajuster son intervention, d’opérer à nouveau un certain nombre de
choix pour étayer l’apprentissage :
nouvelles explications, exercices supplémentaires ou suppression de certains
exercices, etc.
Une attitude de « vigilance épistémologique » doit
questionner la nature et l'amplitude de l'écart entre le savoir de référence et
le savoir effectivement enseigné. Même si cet écart est nécessaire afin de
faciliter une assimilation conceptuelle, il convient néanmoins de s’interroger
si le savoir effectivement enseigné n’est pas trop éloigné du savoir de
référence ? Le savoir n'a-t-il pas à tort été trop simplifié ou trop dénaturé?
Certaines problématiques, certains obstacles ne l’ont-ils pas été
illégitimement passées sous silence? La qualité épistémologique du processus de
transposition didactique doit être soulevée tout comme la qualité
constructiviste de la transposition didactique. Dans l’optique constructiviste,
le savoir se construit par l’élève, la question est d’évaluer si les situations
didactiques proposées sont indubitablement de nature à permettre une activité
authentique de construction. Ceci requiert une analyse de la tâche proposée aux
apprenants : questions, situations problèmes, type d'activité, pré-requis. La
complexité des procédures et de ces schèmes convoqués est-elle appropriée aux
apprenants ? Quelle est la part d’implicite au sein des situations didactiques
formant des compétences indispensables pour traiter les tâches, et non pour
autant enseignées ?
Le travail de transposition didactique n’est jamais neutre,
le didacticien doit faire preuve d'un grand principe de vigilance
épistémologique pour ne pas dénaturer l'objet de savoirs en objet
d’enseignement qui n'aurait plus rien à voir avec la science dont il est issu.
L'objet d'enseignement deviendrait caduc, puisque non adossé aux savoirs
académiques. Plus la distance entre l'objet de savoirs et l'objet
d'enseignement semble grande, plus le risque de dérives aussi. L’objet de
savoir subit un découpage logique et hiérarchisé selon les critères
scientifiques de la matière, en objets à enseigner dont chacun constitue un
objet d’enseignement. Personne ne peut appréhender la connaissance scientifique
dans toute sa globalité. Pas plus, le sujet ne peut la reconstruire dans un
processus solitaire. Une mise en scène avec re-contextualisation de la
connaissance s'impose. On ne comprend pas un concept en embrassant l’entière
situation de son émergence, de sa conceptualisation et des enjeux inhérents. On
peut dès lors supposer un écart considérable entre l'objet élaboré par le
scientifique et l’objet médiatisé par l'enseignant aux élèves. Notons que le
savoir savant est de type social, approuvé par des institutions scientifiques
et reconnu par son utilité pour la société, culturellement légitimé,
scientifiquement validé selon des choix épistémologiques. Le statut du savoir
tient toujours lieu d’enjeu social, celui du savoir scolaire aussi. Le savoir
scolaire est aussi décision institutionnelle. La transposition didactique
transite par les milieux scientifiques et les milieux « cultivés »,
c'est-à-dire la «noosphère» chargée de « produire un discours apologique et
éthique de défense et d'illustration de la discipline, justifiant sa place dans
l'enseignement.» (Arsac, 1992). Du coup, cette organisation encadre et valide
la transposition didactique que le professeur des écoles devra donc accommoder
à sa classe d’enseignement. La transposition didactique n’est pas une « chose »
définitivement achevée lors de la planification, un « prêt à enseigner ». Elle
se poursuit vraisemblablement en classe, lieu de co-activité formateur -
apprenant, de co-construction de l’objet d’enseignement.
Nous pouvons nous interroger si le savoir à enseigner des
programmes scolaires et le savoir enseigner par le formateur ne sont pas en
partie déterminés par la réactivité du groupe d’apprenants. Les régulations
nécessitées par les interactions formateur/apprenants les redéfinissent plus ou
moins. Les élèves participent par leurs activités scolaires à l’élaboration du
cours d’enseignement. Didactique du formateur et cognition des « formés » se
répondent. Il se fonde une co-activité qui permet aux co-acteurs (formateurs /
adultes en formation) de se rejoindre
sur un même objet médiateur, un objet d’enseignement véhiculé par la tâche
scolaire. La tâche redéfinie par le maître est une interprétation du
professionnel (du pédagogue) sur ce qu’il a mission d’exécuter, la
transposition didactique est une redéfinition d’un objet de savoir afin qu’il
soit appropriable par l’adulte en formation, à sa portée.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
Les avantages de la situation-problème:
« Un sujet, en effectuant une tâche, s'affronte à un
obstacle. »
●
Le sujet est orienté par la tâche,
le formateur par l'obstacle
●
Le franchissement de l'obstacle doit
représenter un palier dans le développement cognitif su sujet
●
L'obstacle est franchi si les
matériaux fournis et les consignes données suscitent l'opération mentale
requise
●
Pour effectuer une même opération
mentale, chacun doit pouvoir utiliser une stratégie différente
●
La conception et la mise en oeuvre
de la situation-problème doivent être régulées par un ensemble de dispositifs
d'évaluation
Ce n'est pas une « Pédagogie de la réponse » mais une «
Pédagogie du problème »
Questions à se poser avant l'élaboration d'une
situation-problème :
■
Quel matériau, documents, outils
dois-je réunir?
■
Quelle consigne-but dois-je donner
pour que les apprenants traitent les matériaux pour accomplir la tâche?
■
Quelles contraintes faut-il
introduire pour empêcher les sujets de contourner l'apprentissage?
(Philippe Meirieu, Guide méthodologique pour l'élaboration
d'une situation-problème, dans « apprendre oui mais comment ? »)
Prenons l’orthographe. Ici aussi, les conceptions fausses
sont en butte avec la réalité de la norme grammaticale. Avec le cas de la
petite Céline, Cogis (2005) relève des erreurs orthographiques significatives,
notamment au sujet de la différenciation on/ont. L’auteure rapporte qu’une
élève (Céline, CE2) justifie son écrit « ont l’appelait la belle » parce que «
la maîtresse a expliqué que, quand il y en avait plusieurs, il fallait « nt »
automatiquement et là comme il y a plusieurs gens qui l’appellent la belle, on
met nt ». La confusion de l’élève a pour origine l’équivalence sémantique entre
« on » et « nous » qui conduit les élèves à transférer sur le pronom « on » le
trait de pluralité de « nous » et à bricoler dans la forme graphique « ont » la
solution idéale. Les élèves ne voient pas « ont » comme une forme du verbe «
avoir ». Cogis explique l’erreur par l’absence d’explication dans les manuels
de la non-équivalence on/nous ainsi que par la présence néfaste dans les mêmes
manuels de l’opposition systématique entre « on » et « ont » conduisant les
élèves à les associer au risque de renforcer la confusion cognitive. Cet
exemple souligne le poids des
représentations personnelles des élèves. Ce manque de clarté cognitive indique
une formation erronée, partielle, ou pas suffisamment contrôlée du concept chez
l’élève, la production d’écrits étant révélatrice des lacunes. L’apprentissage
serait-il une illusion ? L’assimilation conceptuelle serait-elle déficiente ?
Il peut manquer au formateur des indices sur ce que les élèves sont en train de
comprendre ou non. Et comment. La question est donc bien de savoir si l’objet
enseigné est réellement assimilé. Est-il compris ? De manière partielle ou
suffisante ? Nous sommes plus ou moins souvent dans une illusion d’un
apprentissage. Une illusion, car les apprenants réussissent les exercices (en
faisant si nécessaire « feu de tout bois », en inventant leur propre procédure
par tâtonnements) mais ils ne savent pas quelque temps plus tard réinvestir les
concepts dont l’exercice était porteur. Les apprenants ont-ils exercé une pensée
sur ce qu’ils ont agi ? Il apparaît du coup opportun de penser la formation
dans un apprendre en secondarisant comme nous allons le développer plus bas.
Lorsque l’individu est confronté à une nouvelle situation, il réactive
spontanément ses représentations afin de sortir d’une forme d’impasse et les
met ainsi à l’épreuve de la nouveauté. Si les conceptions ne permettent pas
d’appréhender avec satisfaction la nouvelle situation, la personne se trouve en
déséquilibre et « perdante ». Il peut apparaître la mobilisation de mécanismes
socio et psychoaffectifs et une certaine résistance en réaction à la crainte de
perdre une partie de son identité et de son estime. Une phase de reconstruction
et un nouvel équilibre sont appelés.
Négliger les fausses représentations a pour conséquence qu'elles finissent par
cohabiter avec les modèles plus avancés proposés par le formateur. Ce qui
brouille les apprentissages avec un mélange de modèles formant une incohérence
latente dans la tête de l'élève, ce dont il n’est ni conscient ni, presque
toujours, responsable. Il est donc indispensable que le formateur se penche au
début de tout apprentissage sur la question de ces fausses conceptions ou
représentations liées à l’objet d’apprentissage dont il est question. Il
convent de garder à l’esprit qu’apprendre, c’est modifier ses conceptions,
c’est transformer et se transformer.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
Si pour la pédagogie classique,
l’erreur est négative : le symptôme d'un dysfonctionnement du processus
didactique, la pédagogie moderne lui assigne un statut tout autre. En effet,
l'erreur devient un instrument de l'apprentissage pour l'élève et un outil de
l'activité didactique pour l'enseignant pour soutenir les efforts des
apprenants. Certaines circonstances sont plus propices à l’erreur que d’autres.
Ainsi, Michel Fayol (1994) note que des adultes sachant parfaitement leurs
tables de multiplication et d'addition commettent des erreurs sous l’effet d’un
stress particulier. Il existe en différents domaines des apprentissages
implicites, on parle aussi d’apprentissage ou de maîtrise fonctionnelle de
savoir sans consciences. Ces apprentissages implicites, sans intention, sont
susceptibles d'installer des erreurs si celles-ci ne sont pas relevées par
l'enseignant qui doit faire preuve de vigilance dans les premiers
apprentissages afin que ne se cristallisent pas des mauvaises habitudes.
Bachelard analyse l'erreur en termes d'obstacles épistémologiques. Ces derniers
sont, à un moment donné, des limitations de la pensée chez chaque individu. Le
développement de la pensée est alors conçu comme une suite continue de ruptures
épistémologiques : la connaissance progresse à travers une longue succession
d'abandons de conceptions et de connaissances erronées. Michel Fabre (1995)
résume les caractéristiques fondamentales de l'obstacle épistémologique selon
Bachelard comme une caractéristique intrinsèque à la pensée. L’obstacle est une
facilité de pensée, il ne relève pas de l’ignorance. Il procède d’une
connaissance stable de l’individu qu’il n’est pas aisé de déstabiliser. On
remarque que l'obstacle est ambigu, car il possède fréquemment un relatif
domaine de validité qui le rend essentiel dans une certaine classe de
situations. L'obstacle est à l'origine d'une série d'erreurs locales, mais
celles-ci sont relativement cohérentes entre elles parce qu’elles sont issues
du même système de pensée. L’obstacle est invisible : son identification n’est
possible qu’une fois il a été dépassé. L’erreur indique au sujet que sa pensée
présente des limitations qu'il faut dépasser à travers des ruptures
épistémologiques. Elle est ainsi le moteur de l’apprentissage. Selon Piaget, le
développement résulte de la confrontation du sujet à des difficultés qui
rendent inopérants les schèmes en sa possession. Dans ce cadre, l'erreur est
largement positive puisqu’elle est nécessaire d'un point de vue cognitif. Elle
permet au sujet la prise de conscience de l'insuffisance de ses schèmes. Un
palier obligé à toute dynamique d'ajustement de ceux-ci. L'erreur est non
seulement cohérente (avec les schèmes actuels du sujet) mais surtout l’élément
moteur indispensable d'un développement individuel par rééquilibration des
schèmes (défini comme l’unité d’analyse de l’action). La pédagogie
constructiviste assigne une fonction centrale à l'erreur dans la dynamique de
l'apprentissage. Elle est une forme d’indice éclairant sur la cognition des
apprenants qui va permettre au formateur une évaluation et la conception d’une
stratégie d’apprentissage. Elle n’est en rien la caractéristique d'un
dysfonctionnement du processus didactique, mais bel et bien une étape
indispensable au processus de genèse de la connaissance. Elle indique l’état de
connaissances chez l’apprenant : inadaptées ou insuffisantes. L'erreur permet à
l’apprenant de prendre conscience d'une nécessité de remise en question,
d'amélioration, de modification de ce qu’il sait déjà. Il perçoit le besoin de
réaménager des schèmes et de ses conceptualisations du moment. L'approche
constructiviste attribue un rôle moteur au sens premier du terme, une véritable
fonction d'incitation à investir une activité de construction de nouveaux
savoirs. Cette construction est facilitée par les informations que les erreurs
transmettent aux formateurs : il découvre les préconceptions limitées ou de
représentations initiales fausses, les apprentissages partiels, les
cheminements intellectuels erronés. C’est un puissant outil pour le formateur
afin de traiter d'un point de vue didactique les erreurs. Ce traitement est
essentiel, car aucun apprentissage d'un objet de savoir n’est effectif si
l’apprenant n’abandonne pas ses anciennes façons de se représenter cet objet.
L'erreur va dès lors permettre à l'enseignant d'élaborer des situations
didactiques ayant spécifiquement pour finalité de déstabiliser les
préconceptions qui se manifestent par là même à lui au moyen de «
situations-problèmes ». L’erreur acquiert donc une fonction de révélateur, de
guidage de l'activité de l'enseignant et du formateur. Le constructivisme
piagétien et l'épistémologie bachelardienne ont permis un changement radical de
regard sur la place de l'erreur au sein de l'apprentissage. Des travaux plus
récents élargissent le champ d’investigation sur les enjeux cognitifs autour de
l’erreur. Il s’agit d’études sur le contrôle de l'activité, la mémoire de
travail, l'attention et l'apprentissage implicite qui mettent en évidence le
fait que les erreurs sont aussi fortement articulées au rapport entre les
ressources momentanées du sujet et les sollicitations de l'environnement. Les
recherches sur l'apprentissage implicite accentuent le principe d’une
nécessaire prévention de l'erreur dans des apprentissages complexes
(mathématiques, orthographe, grammaire).
La notion d'objectif est
indissociable de celle d'évaluation de l'apprentissage. À partir des objectifs
pédagogiques, certains instruments vont permettre de mesurer puis, sur la base
de cette mesure, d'évaluer un changement observable de comportements ou une
modification des connaissances, observables qui traduit l'apprentissage.
L’évaluation de la formation est une opération qui conduit à la production d'un
jugement de valeur sur la formation de l’apprenant à partir de résultats
mesurables. L’évaluation permet d’estimer si les objectifs de la formation sont
atteints. On peut distinguer l'évaluation de l'enseignement, c'est-à-dire de
l’ensemble de la formation ou du parcours de formation, de l'évaluation de
l'apprentissage, c'est-à-dire la mesure des connaissances et compétences
acquises (ou non) que la séance de formation porte.
Dans un premier temps, observons la
mesure des connaissances et compétences effectivement en jeu dans la séance de
formation donnée à l'aide d'instruments appropriés. Considérant qu’évaluer
l'apprentissage consiste à porter un jugement de valeur sur la réalité et la
conformité d’une acquisition, il convient, en préalable à ce jugement,
d'utiliser un instrument de mesure devenant un gage d’objectivité sur les
résultats observés (test, par exemple). Le résultat de cette mesure traduit par
un score permettant de porter le jugement attendu sur la réussite ou non de
l’apprentissage. Il s’agit de déterminer si la performance décrite dans
l'objectif de formation est effectivement atteinte par l'apprenant. Du coup il
convient de disposer d'instruments permettant de mesurer au plus près les «
savoirs », « savoir-faire », « savoir-être » et « savoir-devenir » qui
produisent la compétence. Cette compétence, précisons-le à nouveau, et le gage,
mais non l'assurance d'une performance ultérieure sur le terrain. La compétence
ne se mesure réellement que dans la situation de travail qui la mobilise.
1 – Le contrôle diagnostic :
En présentiel, comme en classe virtuelle (c’est-à-dire en formation à
distance), une évaluation diagnostique forme une sorte de contrôle d'entrée qui
facilite l’appréciation du niveau du groupe d’apprenants comme la zone de
proche développement de chacun des élèves au sens de Vygotski. Ce diagnostic facilite la constitution de
groupes de travail : selon les objectifs d’apprentissage du formateur, il peut
s’agir de groupes de besoins (situation de remédiation spécifique à chaque
groupe), de groupe hétérogène (situation coopérative), de groupe de recherche
(situation de diversification des supports et entrées didactiques).
L’appréciation du niveau de la
classe éclaire aussi le formateur sur les adaptations (par exemple, des
rappels) qu'il doit faire, en fonction des limites d’une enveloppe pédagogique
: les limites de l'objectif pédagogique général, les limites matérielles et
celles du temps disponible. En e-formation, le but du diagnostic d'entrée est
de positionner au mieux chaque personne vis-à-vis des acquisitions visées, un
traitement automatisé de ses résultats au test d’entrée donne éventuellement
lieu à un parcours personnalisé chez certains sites. D'autres sites de
e-formation donnent laissent à chacun de choisir un parcours total ou partiel
selon ses scores aux tests initiaux. Enfin, les sites qui privilégient
l’accompagnement confient au « coach » la mission d'analyser les résultats du
test diagnostic afin de proposer à chaque « formé » le parcours formatif le
plus avisé. En situation d'accompagnement, un « contrat de progrès », inscrit
dans une chronologie, est passé entre l'accompagné et l'accompagnateur, au
moyen d’un diagnostic interindividuel, où l’apprenant est invité aussi à
mesurer ses progrès outre les tests effectués.
2- Le contrôle formatif :
organisé par le formateur (et/ou intégrées par le concepteur sur le site
d'autoformation), ce contrôle prend la forme d'exercices, de travaux pratiques,
de tests dont la correction renseigne sur les styles d’erreurs effectuées, les
raisons d’une absence de réponses ou d’une réponse erronée, la progression
attendue en termes d’accroissement des connaissances personnelles. Ces
corrections apportent des compléments, des précisions qui permettent de
personnaliser l’enseignement au moyen d’une pédagogie dite différenciée. En ce
sens, les contrôles formatifs sont des tests de régulation de l’acte de
formation, des situations pédagogiques et didactiques et de relation aux
savoirs des apprenants. Ils constituent des contrôles internes au cœur du
système de formation. Il s’agit d’évaluer pour mieux former ou réajuster sa
formation.
3- Le contrôle sommatif : En
fin de cursus d’un parcours de formation, il intervient une mesure sommative
qui documente sur la tenue de l'ensemble du processus
enseignement/apprentissage. Ce contrôle de sortie de classe, en quelque sorte, mesure si la
somme des comportements espérés (d’après l'objectif pédagogique général) est
bien présente chez l'apprenant. Le nom correspond bien à cette idée de somme et
au un caractère final de l’action d’apprentissage. Elle débouche sur une
attestation, un certificat de formation qui détaille plus ou moins les scores
obtenus en termes de notation ou de compétences validées.
Les instruments de mesure de
l'apprentissage sont fort variés. On compte au moins cinq possibilités : le
test, la liste de vérification, l'échelle d'appréciation, la grille
d'observation et la dissertation ou question à réponse ouverte. Toutes ces
possibilités ne se valent pas. La dissertation est en fait très peu utilisée en
formation professionnelle, en raison du risque d’une correction suffisamment
objective. Toutefois, ce genre d’épreuve permet d’observer la manière de
réinvestir des savoirs chez l’apprenant. Ce qui nous semble l’essentiel :
comment l’apprenant réinvestit un savoir, preuve de son acquisition. Les autres «
QCM » voire de « quiz » généralement utilisés peuvent en bien des cas
s’avérer comme de faux marqueurs d’apprentissage en termes piagétien
d’acquisition et accommodation.
La littérature en ingénierie de la
formation fait cependant la part belle à ces tests. Observons-les de plus près.
Regardons plus en détail les quatre premiers.
a) Le test ou épreuve dite « objective
» n’est pas une panacée en termes d’apprentissage, car il ne peut faire appel
qu’à la seule mémorisation. Généralement bien accepté par les apprenants, il
est utilisable en toute formation, rarement utilisé en formation fondée sur
l’accompagnement. Un item ou élément de test n'est pas forcément une question ;
il peut aussi consister en une affirmation dont il convient de préciser si elle
est vraie ou fausse. À noter, qu’un ensemble d’items qui pose l’alternative
vrai/faux (V/F), s’il est corrigé en groupe engage fréquemment un débat fécond.
En autoformation, il permet à l'apprenant de se mesurer et revenir sur les
notions mal appropriées. Facile à rédiger et corriger, le test en V/F, couvre
amplement un champ de connaissances. Reconnaissons que la forme même de cette
évaluation présente une grande probabilité de deviner la bonne réponse ! Enfin,
les conditions ne sont pas requises pour laisser apparaître chez les apprenants
des traces de compréhension et conceptualisation obtenues grâce à la résolution
de problèmes. Des seules traces de mémoire fossilisée n’indiquent rien sur la
conceptualisation !
b) La question à choix multiples
(QCM) semble se prêter aux trois mesures
(diagnostique, formative, sommative). La rédaction en est compliquée, car il convient
de rédiger un nombre suffisant de réponses fondamentalement fausses, mais
plausibles (les « distracteurs »). Ils ne doivent prêter à confusion. Le QCM
est l’exercice le plus utilisé en raison de ses performances et de sa facilité
de correction sous condition d’une conception adaptée. Le QCM privilégie lui
aussi la mesure de la connaissance qui
est mémorisation, éventuellement la compréhension des choses, mais assez
rarement l'atteinte d'une performance, laquelle est l’application,
l’actualisation dans une situation nouvelle de la notion étudiée et assimilée.
Le QCM ne répond pas au souci d’un apprentissage effectif. Il ne garantit
nullement qu’une conceptualisation s’est bien déroulée, il n’informe pas sur
d’éventuels malentendus cognitifs, de compréhension partielle ou absente. Il
ignore si les apprenants ont bien secondarisé les objets d’apprentissage, les
ont suffisamment assimilés afin d’en constituer des ressources cognitives dans
des situations nouvelles mobilisant ces objets à apprendre. Cette préoccupation
renvoie à la problématique sur l’adéquation ou la réelle rencontre entre
réussite de la tâche pour apprendre et assimilation du concept qui est objet
d’apprentissage. Une approche didactique qui favorise une secondarisation
explicite nous semble un gage pour enseigner moins en « aveugle ».
c) La liste de vérification ou «
check-list » décrit pas à pas tous les points de passage obligés dans
l'exécution d'un travail. À l'aide de cette liste de référence, le « testeur »
suit et vérifie la complète exécution du travail confié au « testé ». Cette
méthode s'avère particulièrement utile pour mesurer des acquis dans le domaine
de la mémorisation de modes opératoires, celle de procédures simples ou
complexes où la part de réflexe voire d’automatisation est incontournable.
Toutefois, il peut sembler utile d’introduire dans le dispositif une part
d’éléments imprévus, mais possibles afin de jauger l’aptitude réflexive du «
testé » dans des modes opératoires où parfois tout ne peut être prévu et que la
réflexivité complète à bon escient le réflexe. L’élaboration d'une liste de
vérification est simple puisqu’elle suit une démarche linéaire d’une situation
connue du formateur, la précision et des détails nécessaires la compliquent
cependant.
d) L’échelle d'appréciation ou «
échelle de valeurs» consiste en une liste assez succincte des attitudes
attendues de la part du testé/formé.
Cette échelle de positionnement mesure les comportements et attitudes
attendus en formation dite relationnelle ou comportementale, même si une place
importante est aussi réservée au cognitif, afin que l’évaluation ne repose pas
sur un seul mode « comportementaliste ». La connaissance et la réflexion
prévalent dans tout comportement professionnel. Cet outil doit aider à la
détection de connaissances, mais surtout de comportements, d'attitudes et de
postures. Cette échelle ne prétend pas l’exhaustivité comme la liste de
vérification, seuls les plus significatifs de ces comportements, attitudes et
postures sont pris en compte.
Depuis Socrate (Athènes, 399 av. J.-C.) et la maïeutique, il
existe un panel important de méthodes et techniques pédagogiques ont existé.
Ces techniques sont toutes en relation avec un modèle d’apprentissage. La norme
AFNOR X 50 - 750 (Formation professionnelle - Terminologie) en donnant pour
définition d'une méthode pédagogique qu’il s’agit d’ « un ensemble de démarches formalisées suivies
selon des principes définis pour que le formé acquiert un ensemble de savoirs
conformes aux objectifs de formation ».
Plusieurs techniques peuvent servir une même méthode. Sur cette assise,
il est possible de regrouper, sous l'appellation de méthode centrée sur
l'animateur, les techniques qui donnent la prédominance à l'action de
l'animateur, et, d'un autre coté, sous
l'appellation de méthode centrée sur l'apprenant, les techniques qui donnent la
primauté à l'activité de l'apprenant. Ainsi, la technique de l'exposé fait une
place très importante à l'action du formateur, elle centrée sur l'animateur
alors que celle de l’observation analyse des situations de « terrain » donne la
prépondérance à l'activité de l'apprenant est à rapprocher de la méthode
centrée sur l'apprenant. Certes, les choses ne sont pas toujours aussi tranchées
puisqu’il est possible d'agrémenter un exposé par des questions posées aux
apprenants ou d'assortir l’étude d’une situation concrète de terrain de
rencontres périodiques entre apprenant et accompagnateur. Aussi, on conviendra
de parler d'un continuum de techniques dans lequel on passe progressivement
d'une situation où l'animateur est actif, l'apprenant moins (en apparence ? ) à
la situation inverse dans laquelle l'apprenant est actif à 100% et le formateur
plus ou moins présent/absent. Cela donne la panoplie suivante de techniques
pédagogiques.
La méthode utilisant la dynamique
des groupes, focalisée sur l'apprenant, prend directement ou indirectement pour
but de former les stagiaires au travail en équipe et d'augmenter leur capacité
de participation à un groupe. Avec un « assouplissement » des attitudes
sociales et le perfectionnement de la communication des idées, elle place les
stagiaires dans la fonction mentale du « chercheur », capables de fabriquer des
cadres conceptuels puis de les remettre en question si le réel le réclame. Ils
seront normalement aptes de progresser seuls avec le temps, d'apprendre seuls
tout en profitant de l'expérience des autres. Cette méthode centrée sur
l'apprenant est chronophage. Mais elle place l’apprenant dans un paradigme
autosocioconstructif de son savoir favorable à son assimilation et transfert
dans d’autres situations quotidiennes et professionnelles que la situation
didactique justement vécue. Peu d'improvisation de la part du formateur n’est
autorisable, une parfaite préparation est exigée avec la capacité de
planification et d’hypothèses sur les apprentissages des élèves. La préparation
mobilise ici davantage le formateur que l’animation où il reste en retrait,
observateur des travaux de résolution de tâches pour apprendre. Il doit savoir
effectuer « des crédits d'intention » plutôt que des « procès ». S’il connait
le but de la séquence de formation, il ignore quel sera exactement le résultat
du travail et de la réflexion des stagiaires. Même s'il a fait preuve d’un
étayage important à la demande des stagiaires.
La méthode plus traditionnelle,
celle centrée sur l'animateur, repose sur la technique de l'exposé « pur et dur
». Là, le formateur mobilise toute son énergie : aucune question n’est
autorisée, aucune négociation de sens, aucun accompagnement différencié des
apprenants. C’est l'archétype d’une situation de conférence qui consiste à
faire absorber aux stagiaires des connaissances toutes prêtes. À un certain
confort pour le formateur s’oppose pour l'apprenant une position de dépendance.
Cette méthode transmissive permet de communiquer un maximum d'informations en
peu de temps, sans se préoccuper de la compréhension des auditeurs, ni du
désintérêt, de la routine.
L'intérêt d’un continuum, d’un ensemble d'éléments qui s’interconnectent en
toute continuité est de permettre une circulation progressive du « centrage
formateur » au « centrage stagiaire » dans l'optique, de varier les activités
pour relancer l'attention, mais surtout d'induire de nouvelles attitudes et
ressources cognitives qui ouvrent à l'autonomie et à l’expertise
professionnelle. Les recherches en éducation tendent à démontrer que les
techniques centrées sur l'apprenant accroissent manifestement la qualité et
l'efficacité de la formation. Car, on se souvient mieux et l’on comprend mieux
ce que l'on a vécu, ce que l’on a expérimenté, ce que l’on à chercher, en
référence aux théories piagétiennes que nous avons vues brièvement plus haut.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
David
Wood, Jérôme S. Bruner et Gail Ross (1976, traduction française in Bruner,
1983) proposent de rendre opérationnel le concept vygotskien de « zone de
proche développement » et de montrer comment un adulte vient en aide à
quelqu'un de moins expert que lui. Le soutien de l’adulte porte sur ce que
l'enfant peut déjà comprendre sans qu'il puisse encore l’effectuer seul. Bruner et al. définit la tutelle comme
fournissant ce qui est nécessaire et suffisant pour permettre à l'enfant de
réussir la tâche proposée: « Ce soutien consiste essentiellement pour l'adulte
à "prendre en main" ceux des éléments de la tâche qui excèdent
initialement les capacités du débutant, lui permettant ainsi de concentrer ses
efforts sur les seuls éléments qui demeurent dans son domaine de compétence et
de les mener à terme. » (Bruner, 1983, p. 263.) La tutelle désigne « les moyens
grâce auxquels un adulte ou un « spécialiste » vient en aide à quelqu'un qui
est moins adulte ou spécialiste que lui » (ibid.) Wood, Bruner et Ross étudient
les aides apportées par un adulte dans la construction d'une tour mexicaine par
des enfants de 3,4 et 5 ans.
L'enrôlement
dam la tâche: le tuteur engage l'intérêt et l'adhésion de l'enfant. Les plus
jeunes utilisent les cubes pour faire des empilements, des chemins et non les
emboîtements requis par la tâche: il s'agit de les détourner de leur jeu
d'imagination afin qu'ils entrent dans une définition partagée de la tâche.
La
réduction des degrés de liberté: le tuteur simplifie la tâche jusqu'au niveau
où l'enfant peut reconnaître qu'il a réussi ou non à répondre aux exigences de
la tâche. Par exemple, on réduit le nombre de blocs disponibles pour le
montage.
Le maintien de l'orientation : le
tuteur rappelle ou met en évidence le but ou les sous-buts de la tâche. Il
s'agit non seulement de maintenir l'enfant dans la poursuite de ces buts et
sous-buts, mais aussi de faire en sorte qu'il s'oriente vers des tâches plus
complexes.
La
signalisation des caractéristiques déterminantes : le tuteur signale les
caractéristiques de la tâche qui sont pertinentes pour son exécution et fournit
des indications sur l'écart entre le résultat obtenu et le résultat à
atteindre.
La
démonstration : le tuteur présente des modèles de solution. Il prend les blocs
et réalise devant l'élève un montage en en marquant les étapes essentielles.
Le
contrôle de la frustration : le tuteur installe un climat de confiance afin de
maintenir la motivation qui risque de disparaître : « La réalisation du
problème devrait être moins périlleuse ou éprouvante avec un tuteur que sans
lui. » (Bruner, 1983, p. 278.)
Tiré
de Psychologie de l’éducation, Merri, Pichat (coord.) Bréal, 2007
…………………………………………………………………………………………
Il faut que le maître épingle toutes les situations où
l'élève échappe à la tâche (Tu ne lis pas), tout en l'assurant qu'il a la
capacité de le faire (tu peux le faire,
vas-y} = c’est une condition essentielle pour opérer du glissement conceptuel, de l’exercice de
conceptualisation, c’est l’étayage de l’enseignant pour effectuer la
secondarisation chez les élèves.
Rabardel (1995), dans le cadre de l’ergonomie cognitive et
de la didactique professionnelle, développe une approche théorique qui, pour
l’essentiel, distingue l’artefact (c’est-à-dire l’outil « nu », qui est proposé
à un utilisateur potentiel) et l’instrument, qui est le résultat d’un processus
d’appropriation, par une personne donnée, dans la confrontation à des
situations données (Figure 8). Cette distinction est fondamentale : savoir artefact = savoir « nu » mis à
disposition de l’apprenant + savoir instrument = savoir entré dans un processus
d’appropriation par l’apprenant
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
Le contexte de réingénierie des formations paramédicales, de
la formation des cadres de santé y compris, suppose de s’orienter vers la
didactique professionnelle pour assurer une bonne cohérence avec ce qu’il est
convenu d’appeler « l’approche par les compétences ». Sept raisons existent
pour cela. Je les ai exposées lors d’une conférence organisée par l’Institut de
formation des cadres de santé du CHU de Strasbourg.
1- Toujours partir du travail réel et ne pas en rester aux
prescriptions. Les référentiels de compétences décrivent, d’un point de vue
expert, ce que sont les situations de travail mais ils n’ont pas analysé
comment les professionnels agissent dans ces situations. L’activité présente
toujours un écart avec ce qui est attendu dans une situation particulière. Si
l’on veut comprendre le travail, il ne faut pas se contenter des situations, il
est nécessaire de voir comment l’activité des experts, mais aussi des novices,
est structurée.
2- Prendre les situations pour ce qu’elles sont,
c’est-à-dire un ensemble de prescriptions, de ressources, de contraintes au
service d’une production et d’un service à rendre. Bien entendu, les
caractéristiques significatives des situations de travail peuvent devenir des
objets de formation, notamment parce qu’elles guident et orientent l’activité
professionnelle. L’activité va emprunter des voies particulières selon
l’évaluation qui est faite de la situation et de ses caractéristiques du
moment. Former au décryptage des situations, c’est préparer le futur
professionnel à jouer son rôle dans un environnement professionnel, même si son
rôle lui appartient largement.
3- S’accorder en équipe de formateurs sur les contours de
situations clés. Apprendre dans et par l’action suppose de se confronter à de
multiples situations professionnelles pour en extraire les règles de l’action
efficace. Quelles sont les situations les plus propices aux apprentissages ?
Sont-elles rares ou fréquentes ? Sont-elles simples et banales ou complexes ?
Sont-elles représentatives du cœur de métier ou sont-elles transversales et
multidisciplinaires ? Plus encore que ces critères de sélection des situations
clés destinées à devenir des supports de la formation, il est nécessaire que
l’équipe de formateurs s’accorde sur une définition de ces situations et qu’ils
co-élaborent leur stratégie pédagogique. En effet, une même situation est
susceptible d’être utilisée plusieurs fois, en faisant varier sa complexité
lors de périodes différentes de la formation ou selon le niveau de
développement professionnel des étudiants pour leur faire réaliser des
apprentissages de profondeur variable.
4- Construire des milieux d’apprentissage. La didactique
professionnelle se présente comme une méthode de construction de séquences
pédagogiques dédiées à l’acquisition de compétences. Prenant appui sur des
situations clefs dont la complexité aura souvent été réduite, les formateurs
proposent un problème à résoudre. Ce faisant, ils fixent des objectifs
d’apprentissage en termes de connaissances, de méthodes, de manière de réguler
l’action, de critères d’évaluation et d’auto-évaluation. Ce sont les étudiants
qui résolvent le problème posé, faut-il rappeler que ce ne sont pas les
formateurs… La conception de situations d’apprentissage en relation avec les
situations clés et la mise en activité de résolution de problème par les
étudiants s’accompagnent alors d’une action décisive des formateurs : le
débriefing. C’est essentiellement lors du débriefing que les étudiants vont
apprendre, le rôle des formateurs est de provoquer le surgissement à la
conscience de la manière dont l’activité est organisée. C’est à cette condition
que l’activité peut être réorganisée vers plus d’efficacité.
5- Des débriefings centrés sur l’activité et non sur autre
chose. Dans l’approche par les compétences, l’activité et son analyse
deviennent cruciales. Des analyses des pratiques sont encore conduites pour
comprendre le rôle de l’institution, les déterminants psychoaffectifs du
travail, les stratégies de communication des professionnels, voire les phénomènes
inconscients et les pulsions qui agitent les sujets. Ces analyses de pratiques
sont autant de sources de compréhension des comportements humains, mais l’enjeu
est ici la compétence et si nous la considérons du point de vue de la capacité
à réussir régulièrement des actions professionnelles, alors c’est l’activité
avec ses processus cognitifs et métacognitifs qui deviennent prépondérants.
6- La posture engagée des formateurs. L’activité mettant en
jeu de nombreuses ressources, des savoirs, des méthodes, des buts, des
ressources pilotant l’adaptation, les formateurs ont réalisé, pour eux, la
synthèse qui permet d’articuler toutes ces ressources. A eux de guider les
apprenants, de créer les conditions d’apprentissage en faisant varier les
situations-problème, de montrer la voie et de mettre en débat les différents
solutions possibles, de soupeser les écarts aux règles, d’affirmer les
principes généraux et d’indiquer quand et pourquoi les règles s’appliquent en «
connaissance de cause ». Le formateur en didactique professionnelle est
impliqué dans l’apprentissage et non pas retranché dans sa tour d’ivoire, caché
derrière sa pile de livres de référence.
7- Des repères pour évaluer des compétences. Si l’évaluation
des compétences est encore largement une question de recherche, des méthodes
spécifiques d’évaluation existent. Elles sont basées sur le couplage
situation/activité et sur la structuration cognitive de l’activité. Le principe
général est qu’il n’est jamais suffisant d’observer des comportements pour évaluer
une compétence. Les raisonnements tenus par l’apprenant expliquent en partie
les comportements. Réduire le travail à la performance est injuste, eu égard à
la quantité de travail fournie pour produire le résultat. S’en tenir à la
performance dans une situation donnée, celle de l’évaluation, ne permet pas de
prédire la performance future, dans une autre situation, réelle cette fois.
L’enjeu de l’évaluation est donc triple : écarter la part de hasard dans l a
réussite ou l’échec, apprécier les raisonnements qui ont conduit à la
performance, donner des garanties que l’apprenant est capable de s’adapter en
dépit de la variation des situations réelles.
source :
http://www.17marsconseil.fr/blog/2013/06/21/sept-bonnes-raisons-de-former-par-la-didactique-professionnelle/
L'observation
méthodique du travail des enseignants, l'entretien préalable sur son
projet d'enseignement, puis l'analyse rétrospective de l'activité sont des
incontournables de formation au métier. Chaque professeur prédétermine son
activité, il sait le programme, il sait le contenu que l'élève doit comprendre
et être capable de réinvestir en fonction d'une évaluation qu'il a en tête. En
toute connaissance du niveau de sa classe,
et de celui de chaque élève, le formateur établit à partir de ces
données une programmation du cours avec des objectifs précis, il détaille avec
minutie le déroulement des séquences.
Face à une tâche problématique, des représentations
contrastées, il peut émerger des réactions inattendues de la part des élèves.
La question est pour le professeur de savoir gérer des dilemmes imprévus.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
Un des
paradoxes de l’école, et surtout de l’école massifiée et allongée, c’est
qu’on enferme pendant une bonne vingtaine d’années une génération pour la
préparer à la vie. Voilà une chose qui vu de l’extérieur peut paraître
tout à fait invraisemblable mais qui néanmoins est parfaitement fondée. La
vie est quelque chose d’un peu complexe et donc on estime aujourd’hui qu’il faut
une préparation. Donc on va vous protéger. Je dis parfois qu’à l’école les
épreuves sont des épreuves « papier- crayon » : vous faites des erreurs dans
des calculs de trajectoires de trains, ça ne fait pas des catastrophes. Vous
vous trompez dans des calculs de robinet vous n’inondez pas l’appartement, donc
tout cela est parfaitement confortable. Sauf que c’est un monde qui est
totalement artificiel, avec des savoirs qui ne sont pas les vrais savoirs, qui
ont été didactisés, etc... Et tout ce travail de transformation qui nous
paraît naturel, est un travail qui n’est pas du tout évident pour les
élèves. Et cela est d’autant moins évident qu’ils sont dans des logiques
sociales qui ne sont pas ces logiques cognitives et que souvent ces deux logiques
vont entrer en conflagration.
Avant la situation d’apprentissage
: rendre le savoir accessible
Condition
1 : définir le savoir à
enseigner en fonction du transfert recherché. Bien déterminer ce qui va être
au centre de la séquence d’apprentissage, et choisir le ou les concepts dont
les élèves auront besoin pour le transfert recherché (une utilisation du
concept). C’est ce transfert visé qui va guider le choix de concepts pertinents,
de leurs attributs et des situations-exemples.
Condition
2 : exprimer le sens dans des
formes concrètes.
Pendant la situation
d’apprentissage : négocier le sens pour comprendre
Condition 3 : engager les apprenants dans un
processus d’élaboration de sens.
Condition 4 : guider le processus de
co-construction de sens.
Condition 5 : préparer au transfert
des connaissances et à la capacité d’abstraction par la
métacognition.
Tiré de « Cinq conditions pour favoriser la
co-construction du sens », d’après Britt Mari Barth (2013, p. 67-85)
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
-Paramètres
à prendre en compte : le choix des notions et la manière de les mettre en
relation, de les présenter + choix d’une démarche + identification des
finalités de l’apprentissage visé (la visée est-elle notionnelle ?
procédurale et/ou déclarative ?
-Modèle
didactique : séquence spécifique de grammaire, activités ritualisées
courtes et fréquentes, atelier centré sur la résolution d’un problème de
langage
-Canevas
d’une séquence spécifique de grammaire : observation de phrases choisies
pour découvrir un fait grammatical ou textuel + manipulation et réflexion
(opérations cognitives souhaitées : observer, analyser, classer, catégoriser,
comparer, inférer) + institutionnalisation (synthèse collective, élaboration de
la règle, terminologie unifiée) + exercices de systématisation pour maîtriser
le fait grammatical, mise en place d’automatismes : les exercices fixeront
les procédures et les connaissances pour mettre en place des automatismes. +
évaluation (proposer des exercices en regard d’une compétence visée)
Quelle
nature des supports ? Sont-ils pertinents au regard de la notion
visée ? Les savoirs sont-ils pertinemment énoncés ? Quelle est la
démarche ? Les élèves sont-ils en situation de recherche – observation ou
manipulation ? Leur réflexion est-elle appelée ? Quels types d’activités ?
Entraînement ou production ? Quel est le dispositif d’évaluation ?
Quelle est la cohérence d’ensemble ?
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
< Niveau traditionnel sémantique (cf. la tradition)
< Niveau structural (cf. la linguistique)
< Niveau pragmatique - textuel (cf.
l’approche communicationnel)
Types de questions |
Type de métalangue |
Types d’activités |
Epoque |
Type d’approche |
Qu’est-ce que c’est ? |
Nom, sujet, complément, circonstant |
Exercices d’analyse |
Depuis toujours |
Traditionnel sémantique/ fondé sur le sens |
Comment ça marche ? |
GN, GP |
Exercices de manipulation |
Années 1970 |
Linguistique structurale/fondé sur la forme |
A quoi ça sert ? |
Thème, modalisateur |
Tâches d’écritures |
Après 1980 |
Analyse du discours/fondé sur la situation d’énonciation |
Source :
Groupe départemental Maîtrise de la langue, IA Gard
+ exercices de systématisation pour maîtriser le fait grammatical, mise en
place d’automatismes : les exercices fixeront les procédures et les
connaissances pour mettre en place des automatismes. + évaluation (proposer des
exercices en regard d’une compétence visée)
La fonction sujet
dimension
morphosyntaxique - impose
sa marque de conjugaison au verbe - le
participe passé employé avec être s’accorde en genre et en nombre avec le
sujet - entrée
intéressante pour la conceptualisation de la relation S/V à travers
l’observation des variations indissociables en nombre et personne qui
affectent S et V |
dimension
syntaxique : -
constituant obligatoire, généralement situé juste avant le verbe -
fonction généralement assurée par : nom propre, groupe nominal, pronom |
dimension discursive : - le
sujet indique le thème de la phrase - dans
une relation thème (le sujet dont on parle)-rhème (ce que l’on en dit,
l’information donnée sur le sujet) -
approche implicite en élémentaire et explicitée au collège avec la grammaire
textuelle ou énonciative |
dimension
sémantique : -
le sujet fait (ou subit) l’action. -
définition provisoire car insatisfaisante au regard des nombreuses exceptions
qu’elle suggère, mais très présente dans la culture grammaticale
traditionnelle de l’école : pour trouver le sujet , je pose la
question « qui est-ce qui ? ». |
La fonction complément du verbe : COD /
COI / COS
dimension
morphosyntaxique seul cas
de figure où une règle d’accord lie verbe et complément : COD placé
avant le verbe, avec l’auxiliaire avoir. |
dimension
syntaxique : -
constituant obligatoire, généralement situé après le verbe, pronominalisable.
-
relation sujet/prédicat -
fonction généralement assurée par : nom propre, groupe nominal, pronom Le
complément du verbe : ne peut être séparer
du verbe, ni supprimer mais remplacable par un pronom complément. -
jugement de grammaticalité : ça se dit/ça ne se dit pas! |
dimension discursive : - le
complément du verbe fait partie du groupe verbal, généralement assimilé au
rhème (ou propos : ce que l’on dit du sujet/thème. ) -
approche implicite en élémentaire et explicitée au collège avec la grammaire
textuelle ou énonciative |
dimension
sémantique : -
apporte un complément d’information appelé par le sens du verbe, il complète
le sens, il apporte une information supplémentaire, parfois indispensable,
parfois facultative. - il
répond à la question « quoi ? » ou « qu’est-ce
que… ?) en miroir à la question « qui » ou « qui est-ce
qui » pour identifier le sujet -
jugement sémantique : ça ne veut rien dire |
Quand un
complément complète … |
||
… un
nom, |
… un
verbe, |
… une
phrase, |
c’est un
complément du nom |
c’est un
complément d’objet |
c’est un
complément circonstanciel |
La fonction Complément Circonstanciel
dimension
morphosyntaxique RAS |
dimension
syntaxique : mobile
dans la phrase (caractéristique la plus spécifique au CC selon Riegel) le plus
souvent facultatif (et donc supprimable) ne fait
pas partie du GV habituellement :
un GN prépositionnel, un adverbe, ou une subordonnée |
dimension
discursive : Certains
CC ont une fonction scénique : ils « plantent le
décor » : En aout,
il a fait très beau. D’autres
ont une fonction rhématique, le thème étant alors constitué par S+GV : Les
jours ne commencent pas à raccourcir en août. Procédé
de mise en relief d’une information par le placement d’un CC en tête de
phrase. La reconnaissance des CC passe par la compréhension/classification de
l’information qu’ils portent |
dimension
sémantique : -
exprime une circonstance du procès exprimé par S/GV -
classification traditionnelle : CC de temps, de lieu (ancrage
spatiotemporel), de manière, de cause, de but, de moyen, etc. |
|
|
|
|
La fonction attribut du sujet
dimension
morphosyntaxique sujet et
attribut du sujet s’accordent en genre et en nombre |
dimension
syntaxique : -
seulement avec le verbe être ou autre verbe d’état -
usuellement un adjectif ou un GN sans préposition - se
pronominalise par le pronom invariable le - non
supprimable |
dimension discursive : ??? |
dimension
sémantique : -
exprime une caractéristique du sujet (état, propriété, catégorisation |
NATURE DES MOTS DANS LA PHRASE
- Phrase:
La phrase est une suite de mots qui a un sens. La phrase est constituée de
trois éléments qu'on retrouve généralement dans la plupart des cas: un groupe
sujet, un groupe verbal (autrement dit le complément de verbe) et un
groupe de complément de phrase (on appelle aussi cela les circonstants). Une
phrase commence par une majuscule et un point. Il existe plusieurs sortes de
points qui ont chacun une fonction spécifique.
- Le verbe
est au centre de la phrase. C'est un élément important. Il existe des
phrases verbales construites autour du verbe ("Le chat court après la
souris") et la phrase nominale, sans verbe, qui est construite autour d'un
autre mot que le verbe ("Rencontre Collège-Ecole pour le match de rugby,
le vendredi 11 juin" ou encore "Défense d'entrer", là le verbe
n'est pas conjugué).
- On
observe également quatre types de phrases: rien à rajouter.
- Il y a
deux formes de phrases: la phrase affirmative et la phrase négative (où il ne
faut pas oublier d'écrire ne...pas qui signifie la négation) (donner ex.)
- Enfin
nous remarquons deux voix du verbe dans la phrase:
< la
phrase active.... donner des exemples (donner ex.)
< la
phrase passive... (donner ex.)
Un tableau
récapitulatif avec des exemples pourrait reprendre toutes ces sortes de
phrases.
- Verbe:
Le verbe est au centre de la phrase verbale. Il donne aux autres groupes de
mots de la phrase leur fonction (sujet, complément de verbe...). C'est un
mot qui se conjugue. Sa terminaison change de forme selon le temps de
conjugaison (phrase au présent, passé, futur) et selon le sujet
("le chien dort", "il dort") qui généralement le précède
(mais pas toujours!) (donner ex.) On peut montrer une phrase avec des flèches
de mises en relation des différents groupes de mots avec le verbe et souligner
leurs fonctions respectives.
Si le verbe conjugué n'a pas lui-même de fonction, le verbe à l'infinitif peut
avoir une fonction. (donner ex.)
Les
différentes fonctions du verbe à l'infinitif : sujet, cod; coi, attribut, cc, c
de nom, c; d'adj. (donner ex.)
Les
différentes formes de verbes:
-
auxiliaire (donner ex.)
- semi
auxiliaire (donner ex.)
- verbes
du groupe 1 (donner ex.)
- verbes
du groupe 2 (donner ex.)
- verbes
du groupe 3 (donner ex.)
- verbes
transitifs/intransitifs (donner ex.)
- verbes
attributifs (donner ex.)
- verbes
impersonnels (donner ex.)
- verbes
pronominaux (donner ex.)
- Nom:
C'est un mot qui est le centre du groupe nominal, il définit les autres mots
qui l'accompagnent. Ainsi, le groupe nominal est constitué d'un déterminant
(article ou adjectif possessif...), d'un nom et d'un élément qui donne des
informations supplémentaires sur le nom (on parle d'extension du nom). Le
déterminant précède le nom et permet de déterminer le genre et le nombre du
nom, s'il est au singulier ou pluriel (le nombre) ou bien masculin ou féminin
(le genre). Il existe diverses espèces de noms. On distingue le nom commun et
le nom propre (donner ex.), le nom masculin et le nom féminin (donner ex.), les
noms animés ou non, humains ou non, composé, dénombrable (donner ex.). Le
groupe nominal peut avoir diverses fonctions (sujet, attribut, cod, coi, cc,
cpl du nom, compl adjectif)
- Déterminant
Le déterminant est un élément obligatoire du groupe nominal. Il précède
toujours le nom (donner ex.)
Le
déterminant s'accorde en genre avec le nom au singulier, c'est le déterminant
seul qui indique, le plus souvent, le nombre du nom à l'oral. (donner ex.)
Certains
groupes nominaux n'ont pas de déterminant (donner ex.)
On
distingue six catégories de déterminants: les articles, les adjectifs
possessifs, les adjectifs démonstratifs, les adjectifs numéraux cardinaux, les
adjectifs interrogatifs et exclamatifs, les adjectifs indéfinis. (donner ex.)
À
distinguer les articles partitifs (donner ex.)
- Adjectif:
Il est une expansion du nom dans le groupe nominal, il s'ajoute au nom sans
être obligatoire. Ceprendant, il apporte des informations supplémentaires qui
complètent le nom, on dit de l'adjectif qualificatif qu'il qualifie le nom
(donner ex.). Il peut être épithète (il est en relation directe avec le
nom) ou apposé (il est en relation indirecte avec le nom) (donner ex.)
L'adjectif s'accorde en genre et en nombre avec le nom qu'il qualifie. (donner
ex.)
-
L'adjectif attribut du sujet est en relation avec le verbe (donner ex.)
- Pronom:
Il se substitue au groupe nominal (donner ex.). On les classe en différentes
catégories: les pronoms personnels, possessifs, démonstratifs, relatifs,
interrogatifs, indéfinis. Le pronom possède des fonctions identiques à celles
du groupe nominal qu'il remplace. Il peut être sujet du verbe, attribut du sujet,
cod, coi, complément circonstanciel, complément de nom, complément d'adjectif
(donner ex.)
Un
tableau récapitulatif avec des exemples pourrait reprendre toutes ces sortes de
pronoms et montrer les effets de pronominalisation (qui sont des manipulations
des éléments de la phrase)
- Les
mots invariables:
Il y a 3
formes de mots invariables qui sont des mots grammaticalement utiles pour
construire une phrase. Les conjonctions sont des mots de liaison entre des
éléments de mêmes fonctions ou des parties de phrases (propositions). Ce
sont des conjonctions de subordination et des conjonctions de coordination
(donner ex. avec des flèches démonstratives du sens coordination et
subordination); les prépositions sont aussi des mots de liaison rattachant un
groupe nominal à un autre groupe ou un verbe à un autre groupe (donner
ex.). En revanche, les adverbes modifient le sens d'un verbe, d'un adjectif ou
d'un autre adverbe. (donner ex.)
FONCTION DES MOTS DANS LA PHRASE
- Sujet
ou groupe sujet: C'est un constituant essentiel dans la phrase verbale. Il
conjugue le verbe. Il exprime le thème de la phrase (ce dont on va parler) face
au second constituant essentiel de la phrase (ce qu'on va dire de ce qu'on va
parler)
"Jérémie
effectue ses devoirs, on parle de Jérémie, et qu'en dit-on: il fait ses
devoirs; il y a un thème - le sujet- et ce qu'on dit du thème: il effectue ses
devoirs, il pourrait aussi ne pas faire ses devoirs ou encore les remettre à
demain). Dans le cas de verbes impersonnels 'il pleut, il fait froid", le
sujet est dit sujet impersonnel (ou apparent, car le sujet réel qui est le
thème de la phrase n'est pas le sujet grammatical), il permet à la phrase de
tenir debout.
La phrase
peut se considérer comme un train où s'attachent divers wagons, parfois, il
manque des wagons, mais pour que le train fonctionne, il faut un moyen
grammatical comme le pronom "il".
- verbe
ou groupe verbal: c'est le second constituant essentiel de la phrase. Il
dirige la phrase avec le sujet qui le guide. Il est complété par un complément
de verbe qui apporte des informations supplémentaires à ce qui est exprimé sur
le sujet.
- complément
de phrase: c'est un complément non essentiel, déplaçable, remplaçable et
supprimable. Il enrichit la phrase, comme le complément du nom enrichit le nom.
Il apporte des informations nouvelles à toute la phrase et permet de répondre
aux questions, quand, où, comment, pourquoi.
(introduire
au CM2 la notion de expansion ???)
Donner des
exemples: si possible issus du manuel, des exercices réalisés
Ne
jamais apprendre sans comprendre
Noter
toutes ses erreurs
Structurer
les données du cours
Comprendre
le vocabulaire spécifique
Effectuer
une fiche de révision pertinente
Analyser
et comprendre ses erreurs
Analyser
sa marge de progression et se fixer des objectifs
Gérer
son stress en contrôle et éviter les fautes d’inattention
– Contrainte numéro 1 : il y a des
objectifs généraux assignés aux enseignants, le système éducatif présente des
finalités et dirige le travail enseignant
– Contrainte numéro 2 : le travail
enseignant possède une inscription scolaire, dans l'école
– Contrainte numéro 3 : le savoir à
transmettre est verticalement découpé, tache et contrainte sont à respecter
– Contrainte numéro 4: l’enseignant n'a
pas le choix de ce qu'il enseigne.
– Contrainte numéro 5 : l'enseignement
est aussi structuré horizontalement avec la classe
– Contrainte numéro 6 : la tâche
d'enseignement et apprentissage est
limitée dans le temps et dans l'espace
– Contrainte numéro 7 : les individus
auxquels le professeur s'adresse sont des élèves
– Contrainte numéro 8 : il existe une
prescription de la nation des savoirs enseigner à fonction sommative et
fonction formative.
(d’après Marc Durand)
Conclusions d’étudiants de “promos” précédentes : Dans le
cours de « processus de l’apprentissage », nous avons découvert les grandes
théories de l’apprentissage. Tout d’abord, le modèle transmissif qui est une
transmission de connaissances par l’enseignant où l’élève est passif. Ensuite
le modèle béhavioriste qui consiste en un conditionnement ; en effet, l’élève
doit réitérer ses exercices jusqu’à la réussite ; il n’y a qu’une réponse
correcte qui évaluera la compréhension de l’élève et l’acquisition des
automatismes demandés. Enfin le constructiviste induit que l’élève sera acteur
de son apprentissage. Ce modèle déconstruit les représentations initiales des
élèves afin de les réorganiser. Le modèle socio- constructiviste reprend le
modèle constructiviste, mais inclut plusieurs échanges entre pairs afin de
s’accorder sur une même conclusion.
Rappelons
qu’il convient de faire en sorte que les élèves exercent des activités de
pensée sur les objets scolaires qu’ils doivent manipuler. C’est faire transiter
l’objet scolaire en objet d’interrogation pour qu’il devienne un objet de
savoir appris. Le journal des apprentissages semble le véhicule de cette
transition. Il peut consolider le principe que l’élève se situe, à la fois, à
un niveau de la tâche et à un niveau de sa signification afin que se développe
la secondarisation attendue ; c’est-à-dire le passage de l’usage à
l’objet, la transition de l’objet de savoir enseigné en objet de savoir appris.
Qu'entend-on par appropriation
du savoir ?
L’appropriation
d’un savoir est la finalité de tout apprentissage. Cette appropriation
s’effectue dans au sein du glissement conceptuel (Clauzard, 2008), défini comme
l'instanciation du concept de secondarisation appliqué à un domaine
disciplinaire d’apprentissage. Ce concept théorique, quand il est pragmatisé,
c'est-à-dire quand il sert à orienter et guider l'action, devient le concept
pragmatique de « glissement » dans la conceptualisation.
Le glissement vers
quoi, je ne comprends pas?
Pour
dire les choses plus simplement, il s’agit de dépasser la matérialité de la
tâche scolaire pour accéder aux concepts à apprendre que supporte la tâche
scolaire. Sans glissement, que nous qualifions de conceptuel, la classe reste
au niveau de la tâche, non de sa signification référée à l’objet de savoir. Les
enseignements demeurent au niveau de la matérialité de l’exercice sans
l’utilisation de toutes les opportunités d’opérer ces glissements qui
permettent de passer du concept outil au
concept objet (Douady, 1984).
Qu’est-ce que sont
les concepts « objet » et les concepts « outil » ?
Le
concept « outil » est une manière de faire que l’on peut formaliser
comme une théorie en action. C’est-à-dire un ensemble de règles, d’invariants,
d’anticipations ou de calculs en situation qui permettent d’agir. En cela, il
est « outil », sachant qu’un concept est toujours par nature
opératoire et vise une efficacité de l’action. Le concept « objet »,
comme son nom l’indique, transforme en objet d’étude l’outil. Il le théorise,
il le modélise ou l’intellectualise. Ainsi, le « glissement
conceptuel » est un passage d’un état à un autre dans la manière
d’appréhender quelque chose. C'est le passage de son utilisation à la
compréhension de son fonctionnement, par l’analyse avec l’identification des
propriétés du concept et des relations entretenues entre elles.
Ces concepts outils
et objets, c’est donc passer d’une
utilisation à comprendre celle-ci ?
C’est
cela oui. Il s’agit de s’emparer d’une utilisation, d’un quelque chose du réel
utilisé pour s'en distancer de façon à en comprendre son fonctionnement par le
truchement d’une analyse. Les psychologues du développement parlent d’un
passage entre connaissance dite « épi », non - consciente et implicite, vers
une connaissance « méta », qui est explicite et consciente. Ce qui conduit
d’une manipulation inconsciente à une manipulation consciente et
contrôlée. En cela, il s’agit bel et
bien d’une montée progressive en abstraction, d’un travail de conceptualisation. Cette dernière
s’effectue à la mesure du possible de conceptualisation des élèves, leur zone
de proche développement (Vygotski, 1997).
En quoi le glissement
conceptuel est-il utile ?
L’épisode
de glissement conceptuel permet un pas de côté dans la formation de concepts.
Il correspond au passage évoqué par la distinction de Vygotski (1998) entre
concepts quotidiens ou outils (nés de l’expérience spontanée et non organisée
de l’enfant dans son environnement naturel) et concepts scientifiques (ou concepts
objets), résultant d’une action finalisée et intentionnelle de l’adulte.
L’apprentissage scolaire organise la conceptualisation grâce à la médiation des
actions, des mots et des symboles qui permettent d’entrer dans l’abstraction.
Et, nous ajoutons, grâce au glissement conceptuel qui fixe dans la médiation
enseignante un acte de secondarisation.
Qu'est-ce que la
secondarisation ?
C’est
un terme didactique qui souligne quelque chose que les formateurs font
spontanément, sans y penser, mais dont la prise de conscience est bien utile
pour s’assurer que tous les apprenants comprennent bien ce qu’ils apprennent. La secondarisation est le passage de la
matérialité du faire vers l’abstraction du concept, vers l’objet de savoir
conceptualisé et compris, donc assimilé. Il s’agit de comprendre comment
s’opère l’apprentissage, et de quelle manière piloter finement un saut de
l’élève allant vers la conceptualisation.
Voulez-vous dire que
la conceptualisation est l’objectif de l’apprentissage ?
C’est
cela. Former des concepts est la raison d’apprendre, qui demande de comprendre.
C’est pourquoi, il y a dans l’acte de faire apprendre une obligation à mettre
les élèves en situation de « se décoller » de la matérialité de la
tâche scolaire, à sortir du faire pour penser ce qu’ils ont effectué. Conduire
les apprenants à interroger ce qu’ils font et le résultat produit nous semble
un impératif didactique. Les apprenants ne peuvent pas se contenter d'appliquer
la tâche demandée (compléter un texte à trous, relier des propositions par des
flèches, par exemple). Il est attendu qu'ils exercent des activités de pensée
sur ce qu’ils font, qu’ils en saisissent la signification. De la sorte, les
élèves dépassent le stade du « faire ». Les objets scolaires (qui sont des objets à
enseigner) sont en effet des objets à interroger par les élèves. C’est ici
qu’apparaît le phénomène didactique de secondarisation.
Secondariser est donc
essentiel pour apprendre…
Secondariser,
c’est pousser plus avant les élèves, les conduire à ne pas rester aux traits de
surface de la tâche scolaire (relier des segments, calculer, remplir des
trous...), mais à adopter une finalité supérieure, une intelligence supérieure
de la tâche scolaire grâce à une décontextualisation de l’objet de savoir. Il
faut amener les écoliers à sortir de leur conjoncturalité les objets scolaires
afin que ces mêmes objets travaillés dans les classes deviennent des objets
d’interrogation, tout simplement des objets sur lesquels exercer une
pensée. L’élève doit penser l’objet de savoir qu’il traite, hors du
contexte des opérations qu’il a produit dessus, qui ne sont que des passerelles
pour l’appréhender, pour le saisir dans sa dimension immatérielle. Penser
l’objet conduit alors à le faire transiter de sa fonction naturelle d’usage à
une dimension d’objet. Et c’est l’objet qui doit être compris et assimilé.
Avez-vous quelques
exemples ?
Par
exemple, il ne s’agit pas d’effectuer des divisions pour les divisions ou une
version latine pour une version latine, ou encore une segmentation de phrase
pour une segmentation de phrase. L’enjeu est ailleurs : il est
épistémique. Dans un cas, il touche des aspects par exemple de partage des
quantités, dans l’autre, d’analyse de fonctionnement de la langue. La version
latine ne s’arrête pas à l’histoire de Jules César, mais vise les compétences
d’analyse de la phrase et de transposition. Derrière la tâche scolaire, il y a nécessairement
un acte de pensée sur l’objet enseigné. Seule condition pour qu’il devienne un
objet appris. Or, cette condition n’est pas automatique ; c’est une
attente la plupart du temps implicite chez les enseignants. Nullement un
comportement avéré chez tous les élèves.
Qu’est-ce que ça
implique ?
La
secondarisation implique une décontextualisation de la matérialité du
« faire », un cheminement vers un niveau supérieur afin de
conceptualiser progressivement. Nous pensons d’un point de vue méthodologique
(Clauzard, 2008) que les épisodes de glissement peuvent être envisagés comme
des unités fonctionnelles qui constituent des objets d’analyse. Le glissement
conceptuel se repère par des changements d'état. Il y a en effet, à la lecture
des transcriptions des dialogues de classe, des décrochements, des changements
de dimension et de registres dans les discours de classe. L’épisode de
glissement conceptuel marque un temps dans le flux dialogique de la classe. Il
séquence le film des activités de la classe. Il est un élément constitutif du
scénario didactique (mais pas toujours conscient chez l’enseignant). Il forme
un échange verbal, entre les acteurs de la classe de formation (le formateur et
les apprenants). Le formateur est généralement l’instigateur, mais pas
exclusivement. Ce glissement est induit et piloté par le formateur pour être
effectué par les élèves, les apprenants. La fin de l'épisode permet d’observer
les effets cognitifs atteints. Le glissement conceptuel souligne le principe de
circularité de l’apprentissage, le mouvement, la circulation.
À quoi renvoie le
principe de circularité de l’apprentissage ?
Nous
pouvons considérer l’apprentissage dans une circulation d’abstraction
conceptuelle, un cheminement via des paliers progressifs de conceptualisation
qui se constituent selon la nature et la complexité de l’objet à faire
apprendre. Ce mouvement de conceptualisation ou processus d’apprentissage va de
l’objet à enseigner à l’objet appris via un glissement dans la
conceptualisation. Il s’opère une contextualisation de l’objet de savoir à
apprendre (pilotage de la tâche scolaire), puis une décontextualisation
(pilotage de la secondarisation avant des re-contexualisations possibles dans
des contextes communs (pilotage du transfert). À ce niveau, les apprenants sont
ramenés de l’abstraction conceptuelle à des référents du réel, à des pratiques
sociales de référence comme disent les didacticiens.
À quoi sert cet
étayage du glissement ?
Cela
sert à dépasser des malentendus, des implicites. La plupart des apprenants se
détachent intuitivement de la matérialité de la tâche afin de faire
correspondre la réussite de la tâche et
la conceptualisation. Mais cela n’est pas vrai pour tous les apprenants.
N’oublions pas les remarques de Saujat, relatives aux enfants et à l’école, qui
nous semblent transposables en un certain point à la classe du formateur des
adultes. Il y a les apprenants qui sont en classe pour remplir leur fonction
même d’apprenant, réaliser les tâches d'apprentissage , et ceux qui sont
présents pour exercer des activités de pensée sur les objets de savoir et
d’expériences qu’on leur présente. Certains comprennent rapidement qu'il faut
savoir différer son agir.
Peut-on demander à
l’apprenant de différer pour penser ?
Il
semble opportun d’inciter l’enfant à différer son prochain agir, de manière à
examiner ses stratégies d’une action gagnante, découvrir des mécanismes qui
l’ont conduit à la bonne solution et ainsi l’amener à se poser des questions
sur l’objet de savoir, seule condition de son assimilation. Le glissement
conceptuel est un moyen d’étayer la dynamique développementale du
« réussir et comprendre », à condition de l’accompagner de la mise en
œuvre d’un dispositif pédagogique approprié comme les discours d’explicitation
ou les écrits réflexifs des apprenants.
Peut-on qualifier ce
phénomène didactique de passage ?
Oui,
c’est une succession de passages en quelque sorte. Avec le passage entre la
rencontre d’un objet enseigné qui fut didactisé par le formateur et le moment
où l’objet est appris et assimilé, il apparaît un saut “informatif”, un bond
conceptuel dirait Piaget. L’enfant comme l’adulte en formation réaménage ou
aménage de nouveaux « schèmes » (structure d’une action).
Comment cela
s’effectue-t-il ?
Par
l’exercice de la pensée. De manière que l’objet soit conceptualisé, il convient
que les apprenants puissent s'en emparer en le pensant. J'insiste sur ce
principe qu'il faut considérer les
objets scolaires qui sont des objets à apprendre comme des objets sur lesquels
les apprenants doivent exercer des activités de pensée, et de la sorte,
dépasser le côté conjoncturel de la tâche qui leur est proposée en classe,
sortir de la matérialité de la tâche. Du coup, il convient de distinguer la
tâche en formation de sa signification, référée à l'objet d'enseignement dont
il est question, inscrit dans un vaste champ conceptuel. Les objets à apprendre
sont en effet des objets à interroger, des objets à penser.
Sinon que se
passe-t-il ?
Si
l’apprenant cherche à réussir la tâche sans s'interroger sur l'objet dont la
tâche n’est que le support, le prétexte pour apprendre, la visée de
secondarisation sera manquée. Et l'apprentissage vraiment improbable.
Qu'est-ce que le
dispositif pédagogique du discours d'explicitation au regard du glissement ?
Le
glissement vers la formation du concept, vers la conceptualisation attendue par
l’enseignant peut s'inscrire dans un discours d’explicitation qui revient à
poser les questions suivantes. C’est demander : qu’as-tu fait ? Comment as-tu
fait ? Quelle difficulté as-tu rencontrée ? Qu'as-tu aimé faire ? Comment
ferais-tu autrement ? Que retiens-tu ? Qu’as-tu appris ? À quoi peut te servir
ce que tu as appris ? Ce sont également des questions que peuvent se poser les
apprenants dans leur journal des apprentissages et s’échapper ainsi d’une
posture scolaire première du “faire” pour penser le “faire”, en posture seconde
réflexive, une réflexion d'autant plus poussée que l'écriture distancie
davantage.
Le journal des
apprentissages, est-ce justement un outil pour étayer efficacement la posture
seconde ?
C’est
un instrument pour conduire tous les élèves à penser les objets de savoir, un
outil pour le formateur afin de s’en assurer. Le journal des apprentissages est
un écrit réflexif qui peut s’intégrer dans la journée de classe ou dans
l’après-journée de l’étudiant. Le journal des apprentissages nous paraît
l’antidote à des illusions d’apprentissage ou pour le moins des apprentissages
parcellaires. Il permet de lever de l’opacité propre à tout acte d’apprendre et
ainsi offrir à l’enseignant l’occasion d’un étayage adéquat et pertinent. Il
amène les apprenants à dire comment ils ont exécuté la tâche scolaire, ce
qu’ils en retiennent et comprennent, comment ils se situent par rapport au
nouveau savoir, à quoi cela peut-il servir, en quoi se rattachent-ils à
d’autres concepts ou pas.
De quoi est-il au
juste constitué ?
Le
journal des apprentissages est un cahier dans lequel les élèves indiquent par
écrit le processus et le contenu de leurs apprentissages. Il participe de
l’élaboration d’un temps de débriefing. On peut assister cette
élaboration grâce à un certain nombre de questions posées comme des jalons
auxquels l’apprenant peut ou pas répondre. Ces questions ne sont nullement
exhaustives. C'est avant tout un journal personnel qui par certains côtés
ressemble à un journal intime, mais à l'endroit de l'acquisition de nouveaux
savoirs.
Ce journal sert-il à
la fois l'apprenant et à l'enseignant ?
Oui.
Le journal des apprentissages est un outil de régulation pour le formateur
(permettant des prises d’indices, des diagnostics sur le cours d’apprentissage,
et des micro-décisions d’ajustement didactique). Il est un instrument personnel
d'auto-évaluation et d’optimisation de l’apprentissage pour l’élève. C'est un
outil de prise de conscience, d'évocation, de raisonnement pour l’élève. Il
n’est pas un document à évaluer par l’enseignant, mais un outil de prises
d’informations.
En quoi les
informations sont-elles utiles pour le professeur ?
Les
informations recueillies dans le journal sont des indices sur le raisonnement
des élèves, sur leur formation de concept en train de se dérouler et ainsi des
leviers pour l’enseignant afin de relancer ou remanier un apprentissage, outre
un moyen de s’informer sur la cognition d’un élève : ses capacités, ses
représentations, ses difficultés, son cheminement, les malentendus, face à un
objet de savoir enseigné.
Est-ce vraiment utile
?
Assurément.
Pousser l’élève à penser l’objet enseigné par une mise en mots aussi imparfaite
soit-elle est une opportunité pour comprendre la pensée de l’élève en
mouvement, son processus d’apprentissage, et du coup opérer la mise en place
d’un dispositif de remédiation personnalisée. C’est un véritable écrit de
travail.
Qu’appelle-t-on les
écrits de travail ?
Ce
sont des écrits produits par les apprenants dans divers domaines et disciplines
ou dans la vie scolaire. Ils recouvrent des écrits intermédiaires, écrits
transitoires, écrits pour réfléchir. Ils ne sont pas évalués, l’idée est de
mettre « le puissant transformateur cognitif qu’est le langage
écrit » (Crinon) au service de la conceptualisation. Il s’agit d’habituer
les élèves à une utilisation de l’écrit pour penser.
Qu’est-ce qu’apporte
en plus le langage écrit ?
Le
langage écrit possède le pouvoir d’aider à manipuler les idées et à les
confronter. Il favorise largement l’organisation de la pensée et le
raisonnement, il offre aussi de la prise de recul, plus évidente qu’à l’oral.
Sans compter que l’écrit est un puissant fixateur : il conserve, il
soutient la mémorisation, outre la réflexion. C’est un gage complet de réussite
scolaire. Le journal des apprentissages est le véhicule de la transition des
savoirs extérieurs pour qu’ils deviennent de vraies ressources internes
appropriées, construites par l’apprenant.
Peut-on ritualiser ce
journal ?
Oui.
Cela est recommandé lors de la journée de classe comme une ponctuation entre
les séquences d’apprentissage où là le journal d’apprentissage est communicable
à la classe et peut devenir objet de débat argumentatif et moyen pour
l’enseignant de prise d’information sur l’apprentissage en mouvement chez les
élèves. C’est un puissant outil métacognitif, une mise en mot pour mieux interroger
et penser les objets scolaires de savoir et in fine un outil pour mieux
comprendre et ainsi apprendre.
Que pouvez-vous
conclure, à cet instant de votre discours ?
La
fonction médiatrice du formateur nous semble au cœur du métier entre une tâche
scolaire à piloter et son accompagnement par la régulation et l'étayage à
effectuer. Le formateur a le choix des tâches scolaires qui n'est pas, cela
étant, suffisant. Car la réussite de la
tâche proposée par le formateur ne suffit pas pour qu'il se développe également
une assimilation du savoir qui y est impliqué. Il faut que la réalisation de la
tâche scolaire soit l'objet d’une « secondarisation » en faisant en sorte de
s'assurer que ce qui a été acquis n'est pas seulement une réussite de la tâche
proposée, qui pourrait l’être de façon fortuite, mais une réelle construction
et appropriation du savoir. Le formateur dispose d'un moyen d’étayage pour
entraîner ce saut épistémique: mettre l'accent sur les « épisodes de glissement
» qui font passer de la réussite à la conceptualisation (Clauzard, 2005,
2008). Les formateurs auraient à gagner à rendre transparent les
glissements dans la conceptualisation qui reviennent au nécessaire passage
d'une logique du « réussir » à une logique du « comprendre », pour reprendre la
distinction de Piaget entre réussir et comprendre (1974).
Que signifient ces
deux dimensions ?
Ce
sont deux dimensions qui ne se rejoignent pas nécessairement :
vraisemblablement, toute activité en formation possède un double niveau, le
niveau de la tâche (un ouvrage à réussir) et le niveau de sa signification
(l'objet à comprendre et apprendre). C’est pourquoi la tâche n'a de sens qu'en
fonction de l'objet d'apprentissage. C’est pourquoi il semble opportun
d’inciter l’apprenant à un arrêt sur image afin de réfléchir à ses stratégies
d’apprentissage et à l’objet d’apprentissage. Ce qui est, je le répète, la
condition d’une conceptualisation et assimilation qui sont réussies. Selon
cette perspective, un constructivisme de l’apprentissage est incontournable
ainsi qu’un processus de médiation.
Peut-on dire que l’effet de secondarisation revient à
remonter la chaîne de la transposition didactique ?
La secondarisation revient à remonter
la chaîne de la transposition didactique à l’envers en allant vers les
pratiques de référence et les savoirs savants, afin de mieux
comprendre et fixer ce que l’on apprend. C’est une condition de la formation
des concepts, une place de la
conceptualisation et du glissement conceptuel dans le champ didactique… avec le
glissement conceptuel comme un observable de secondarisation en classe pour le
chercheur et une action d’étayage pour le professeur (objet de mes recherches
actuelles, Ph. Clauzard).
Extrait du
livre « Conversations sur l’apprendre et le faire apprendre », P .
Clauzard, Kindle
Le concept de forme
scolaire associe de multiples dimensions, mises en interaction, comme l’espace,
le temps, les sujets, les objets, les activités…). Ce concept, d’origine
sociologique, dessine une configuration qui structure de façon singulière la
relation d’enseignement-apprentissage, en la différenciant notamment des modes
« informels » d’apprentissage (en famille, par l’expérience,
« sur le tas », par l’expérience…).
Parler de forme scolaire, c’est tenter
de rendre compte de l’organisation de l’organisation de l’acte éducatif, de l’acte d’enseigner. C’est
rechercher l’unité d’une configuration derrière la complexité des
phénomènes de classe.
La
forme scolaire questionne le contrat didactique entre formateur et apprenant,
l’organisation des apprentissages, le temps didactique, la pratique sociale, le
curriculum et la planification, ainsi que la transposition didactique (Maulini
et Perrenoud, 2005[1]).
La forme scolaire admet des variations. A cet égard, l’activité du « maître de grammaire » montre un
certain nombre de variations. Des accentuations et des procédures qui émergent
à l’analyse des protocoles. Elles semblent intimement liées à la culture
personnelle de l’enseignant, son background. Des profils se dégagent et se
matérialisent dans les choix opérés par les professeurs. L’unité d’une configuration constitue-t-elle un
genre commun de l’activité d’enseignement au sens de
Clot ou
bien selon les variations observables ancrent-elles des effets de stylisation
de l’activité enseignante dans cette apparente unité ?
En bien des classes, la forme scolaire
de l’enseignement de la grammaire montre une configuration souvent ancrée sur
les propositions des manuels scolaires. Face à un enseignement de la grammaire
demeurant souvent déductif (une règle est posée et il convient de l’appliquer),
les programmes actuels préconisent une entrée renouvelée dans la grammaire,
telle une science à l’école relative à la langue française. Mais la tâche n’est
pas facile car les notions grammaticales sont instables, elles ne sont pas unanimement
comprises, les finalités peu questionnées. Le déficit de formation enseignante
en la matière est flagrant. De temps en temps, l’habillage rend la transmission
moins abrupte. Mais le fait de considérer la langue comme un objet d’étude
scientifiques ne fait pas forcément florès. Il faut rompre avec des certitudes
et des habitudes, voire des facilités et des manuels scolaires oublieux de la
posture réflexive des élèves sur la langue.
Il est difficile de concevoir comme une démarche naturelle pour nombre
d’enseignants la démarche scientifique appliquée à la grammaire consistant à
observer des corpus langagiers pour les comparer, classer, déduire et nommer.
Même si cette nouvelle « doxa » didactique est issue de la
psychologie cognitive et des pratiques innovantes de praticiens, posant comme
préalable l’observation, la comparaison et la catégorisation.
Sur
le terrain des écoles, on remarque en fait une coexistence de l’influence des
modèles structuralistes (analyse distributionnelle et grammaire générative) et
des traditions grammaticales d’étiquetage des différentes catégories du
discours.
Chaque enseignant effectue à sa manière
un savant « bricolage » original afin de tirer son épingle du jeu en
espérant faire au mieux pour faire apprendre la grammaire. Il développe ses
propres stratégies (voire astuces).
Nous trouvons des traces de l’histoire du fait grammatical dans cette forme scolaire commun des pratiques de classe, qui sont peut-être à l’origine de cette manière partagée d’effectuer l’étude la langue. Ce sont principalement, des traces de deux grands théoriciens de l’art de s’intéresser à la langue que sont Denys le Thrace et Noam Chomsky. Ils représentent deux approches et théories grammaticales qui possèdent un rapport dialogique qui irrigue la « grammaire en acte » que nous avons observé. Nous ne pouvons pas penser la phrase sans l’élément fondamental qu’est le « mot » décrit par Denys le Thrace, ni sans l’élément « structure » qui fonde la syntaxe que théorisa Chomsky. Mots et groupes de mots fonctionnent de concert, les mots sont constitutifs de structures et les structures sont constitutives de phrases.
On
retrouve dans toutes les classes des situations qui mettent en scène une
langue, une scénarisation didactique et une interactivité visant une efficacité
au moyen d’un savoir ajuster de tous les instants. La mise en scène de la
langue s’effectue à partir d’un corpus de petits textes ou de petites phrases.
Il est rassemblé des phrases typiques (fréquentes) ou
atypiques (plus rares) dans des textes dont il s’agit de comprendre la
signification en utilisant un questionnement qui renvoie aux aspects textuels : de quoi parle le texte ?
De qui parle la première phrase ? de quoi parle la seconde ? Des
commentaires sur des images peuvent être sollicités Que fait le
personnage ? Que lui arrive-t-il ? Comment se sent-il ? C’est un
artefact pour faire exprimer un corpus de phrases à l’élève… mais sans lui
demander pour autant de les observer, comparer, analyser. Des transformations
de phrases avec un « nous » ou un « hier » ou encore un
« tu » permettent de demander à l’élève quel mot change. On voit la
forme très inductive de l’apprentissage, les capacités cognitives de
raisonnement des élèves sont peu sollicitées. Toutefois, l’enseignant peut passer sans le savoir ou s’en apercevoir
d’une analyse sémantique à des transformations linguistiques amenant des
constats formels.
Rarement
les faits de langue sont problématisés, des corpus de phrases confrontés, des
hypothèses sollicitées. Lorsqu’il apparaît des manipulations, elles sont très
guidées.
L’enseignant
prend littéralement les élèves par la main de peur de les perdre ou bien qu’ils
posent des questions à laquelle le professeur peut difficilement répondre
témoignent des enseignants. Malgré tout, quelques enseignants cherchent
à faire observer des régularités, faire manipuler, simplifier, remplacer,
expandre des phrases. Les formes scolaires de classe sont ainsi très variées,
du fait d’une grande hybridation des pratiques d’enseignement grammatical.
Tout enseignant
démarre nécessairement son enseignement par l’énoncé d’une tâche. Elle est considérée par les didacticiens comme un nœud central dans
la médiation scolaire : elle la porte, elle la définit, elle la
finalise. Donner des tâches aux élèves est une des activités les plus
importantes pour l’enseignant, c’est l'élément structurant du déroulement de la
classe. La tâche la pilote dans
le sens qu'elle lui donne du « grain à moudre ». Elle procure une configuration à la classe qui
interagit autour de la tâche scolaire. Selon une dialectique tâche prescrite /
tâche réelle. L’enseignant comme les élèves ne réalisent pas exactement ce
qui a été prévu dans la préparation. L’enseignant doit s’adapter à la
situation de classe, l’élève ne se conforme pas exactement aux consignes.
Certains chercheurs affirment que l’élève doit nécessairement transformer la
tâche, laquelle ne peut être totalement explicitée, faute de temps. Il y a une
interprétation de la tâche par l’élève. Les interactions de classe ont alors
pour fonction de réduire l’éventuel écart entre tâche scolaire attendue et
tâche scolaire réelle dans la dynamique d’une activité conjointe. La tâche
permet aux co-acteurs (enseignant et élèves) de se rejoindre sur un même objet
médiateur dans les interactions de classe. Les tâches scolaires, observées,
oscillent entre identification, classement, manipulation... afin de
caractériser un concept grammatical, et « glisser » d’une phrase problème, qui
porte une interrogation sur la langue, vers une exemplification en termes de
phrase modèle d’objet linguistique.
1/ La sélection de la phrase problème ou problématique (en
devenir de phrase modèle d’objet linguistique) nous indique quelques éléments
sur les conceptions du « maître de grammaire ». Le choix d’une
structure phrastique n’est pas anodin. Pour une enseignante, il s’agit de
mettre à l’étude des phrases « limites » qui forment des exceptions (ce qui
correspond à sa vision d’une grammaire non cohérente faite d’exception, cf.
Juliette) ; pour une autre plus favorable à la construction de connaissance
grammaticale, même si la maturité́ n’est pas encore suffisante à ses yeux, il
convient d’opérer un classement grammatical des mots qui ont servi l’expansion
de phrases sémantiquement insuffisantes pour observer de quels outils
grammaticaux les élèves avaient besoin pour enrichir des phrases et ainsi
qu’ils se construisent une forme de boîte à outils grammaticaux (cf.
Laurence). Une de ses collègues préfère plutôt l’expression ludique qui mène,
grâce à des manipulations (implicitement apprenantes), à des groupes
nominaux, presque « fortuitement » construits par le jeu et qui permet
d’instaurer avec la classe un dialogue inductif fait de mise en observation,
stimulation à la réflexion et instauration de règles grammaticales.
Apprentissage et jeu sont une option personnelle (cf. Pascale.). L’opération de
reconstructions de phrases en mettant en relation des segments de GS et GV,
dissociés et mélangés, est une autre forme ludique de travail d’une relation
sujet/prédicat. Cela se complique lorsqu’il convient d’inventer le segment de
mots manquants à la relation grammaticale (cf. Muriel, CM1/CM2). Une autre enseignante
de CE1 agit également de manière implicite avec des bandes de phrases dont il
faut découper les principaux segments dans une didactique assez simple où l’on
parle de « piège » par exemple et où la visée est assez fonctionnelle : savoir
découper la phrase en constituants essentiels, sans appel pour autant à de
grandes explicitations formelles ou une institutionnalisation d’une définition
syntaxique. L’approche métalangagière réside en l’application d’un découpage
et d’une pronominalisation, comme un savoir-faire provisoire, une métalangue en
GS/GV, quelque peu dénuée de substance, non encore « scientifiquement » étayée.
L’enseignante considère que les élèves ont le temps de mieux conceptualiser
les étiquettes, connaître la signification des segments (cf. Evelyne). Toujours
en CE1, une enseignante fait utiliser l’opération d’expansion de phrases pour
fixer la segmentation et la relation sujet/prédicat (cf. Virginie, préoccupée
par la complexité du fait grammatical pour des élèves de cet âge). En CM1 et
CM2, l’approche est constituée d’observation, découverte et réflexion. Certains
enseignants recherchent l’étude d’une multitude de phrases et cas de figure qui
complexifient les propos didactiques et l’appréhension des élèves, le
discours n’est pas circonscrit autour de quelques phrases, mais d’une multitude
dans une perspective plutôt favorable de l’apprentissage grammatical (Cf.
Dominique et Guillaume). Un autre préfère aussi dans les grandes classes
l’aspect ludique d’un texte curieux, d’un texte aux phrases curieuses ou non
coutumières, pour conduire, outre l’aspect formel et grammatical de la langue,
à l’appropriation d’une structure langagière pour la production d’écrits,
c’est une forme de structuralisme pour l’écriture qui est privilégiée (cf.
Jean-Jacques). L’aspect morphosyntaxique de la phrase est l’entrée grammaticale
privilégiée pour l’enseignante qui laisse le soin aux livres de lecture en
cours ou à l’expression libre des élèves (via le jeu des devinettes, en
l’occurrence) de modéliser la connaissance, ou pas, car cela n’est pas sans
risque de dérives de la part des élèves au regard de la visée d’apprentissage
de la professeure (cf. Cécile, quelque peu sceptique sur la grammaire). Le
classement qui mène à une catégorisation grammaticale est aussi une forme
d’expression d’un travail grammatical à l’œuvre dans certains corpus où la
finalité de construction d’une boîte à outils pour aider à l’écriture de
texte est un projet assez partagé, qui va de pair avec des conceptions grammaticales
positives (cf. Annabelle et Fabienne). Un enseignant de CM, optant pour une
didactique apparemment classique, nous conduit à la construction d’une
approche entonnement non classique et fort didactiquement intéressante. La
construction de la « phrase boule de neige » (agrégat de segments obtenus pour
former une seule phrase) qui est ensuite pronominalisée afin d’en designer les
structures et leurs caractéristiques (cf. Jean-François). Un professeur de
cours moyen multiplie les opérations de transformations sur les phrases
problèmes d’un texte qui sont des « patrons » à manipulations pour une mise en
exergue par les élèves des propriétés des circonstants. (cf. Fabrice). Ces
deux derniers exemplifient des conceptions pour l’un instrumentales, pour
l’autre réflexives de l’apprentissage grammatical. Nous voyons ainsi que le
choix de la phrase et le choix de la tâche semblent intimement liés.
2/ Les procédés didactiques révèlent
également une singularité́ du praticien. Ils affirment une certaine
accentuation donnée à l’apprentissage grammatical. Nous avons pu relever dans
nos protocoles des procédures de texte « muet », de travail sur les analogies,
de pronominalisation, d’étude de « cas particuliers », de manipulation
syntaxique, de questionnement limite ou indice, de pré - soulignage des mots,
d’agrégation, ou encore de proximité́ conceptuelle des exemples ou de
monstration gestuelle, de répétition dialogique, d’utilisation de métaphores
opérationnelles choisies selon leur pertinence au regard de la propriété
conceptuelle qui est objet d’apprentissage. Ce
sont des procédures de démonstration pour faire comprendre un énoncé, pour
compléter une explicitation conceptuelle, pour étendre la portée d’un concept.
Ce sont des constructions pour étayer un raisonnement.
Notons
aussi les procédés didactiques de présentation des concepts aux variables qui
facilitent ou étayent l’apprentissage. Nous recensons la procédure définitionnelle
qui consiste en l’énonciation de la définition du concept, la procédure de
nominalisation où l’enseignant nomme un concept sans l’expliciter, sans dire
de quoi il retourne, la procédure d’illustration qui consiste en des emplois
métaphoriques qui remplacent la désignation du concept.
Ces
procédures ne possèdent pas toutes les mêmes valeurs : énoncer la définition du
concept ou simplement le nommer, voire l’illustrer dans une procédure
métaphorique ne présentent pas les mêmes charges et enjeux cognitifs et peuvent
être appelées de façon différente selon les capacités du public apprenant. Nous
avons également les procédés de manipulations et de découvertes des propriétés
conceptuelles, liées à des théories pré – linguistiques ou des théories
linguistiques (allant de la mise en relief avec « qui est-ce qui » à la
procédure de déplacement ou de pronominalisation de segments de phrases). Ces
procédures forment des expérimentations sur les phrases problèmes que les
élèves ont pour mission de décortiquer, de pétrir avec des opérations de
manipulations. Les phrases problèmes sont issues de patrons linguistiques pour
exercer la langue, elles comportent des caractéristiques en relation avec des
propriétés linguistiques qu’elles ont pour fonction de révéler et ainsi
permettre aux élèves des découvertes grammaticales. Des procédés didactiques
de prise en charge les difficultés cognitives rencontrées afin de réduire la
complexité́ de l’entendement grammatical, (avec l’effet Topaze ou l’effet
Jourdain) complètent l’ensemble.
1- les phrases pour déclinaison : Un même mot ou groupe de mot
est décliné sur plusieurs phrases de structures différentes, pour
exemplifier le principe qu’un même mot peut, selon l’emploi, avoir des
fonctions syntaxiques diverses (cf. Fabienne : « La trompette est rouge. Je joue de la trompette. Le piston de la trompette est cassé. Il a acheté une
trompette. ») |
2- les phrases pour segmentation : Il s’agit de découper la
phrase pour identifier tous les constituants essentiels, et nommer leurs
fonctions syntaxiques (par exemple, isoler le GS- groupe sujet et le GV-
groupe verbal : cf. Evelyne Marielle : « Nous
allons au cinéma »). |
3- les phrases pour identification : Il s’agit d’identifier les
éléments des constituants essentiels de la phrase, d’isoler les diverses
catégories grammaticales constitutives d’une phrase, de déterminer les
caractéristiques linguistiques des noms, pronoms, adjectifs, etc. (cf.
Pascale : « Dans les noms, il en existe deux
sortes (...) les noms propres, les noms communs (...) rappelez moi le petit
mot qui va devant... un déterminant. (...) Et je donne un détail, je
m'appelle un adjectif qualificatif. Adjectif qualificatif. (...) c'est la
nature du mot. » ) |
4- les phrases pour classification : Afin de développer une
posture d’interrogation grammaticale de phrases ou de textes, la tâche
grammaticale consiste à observer, comparer, catégoriser pour comprendre des
propriétés d’objets grammaticaux. (cf. Laurence, Fabienne, Annabelle : « Maintenant le travail que je vais vous demander... je vais vous
donner une affiche à chaque groupe et vous allez essayer de faire un tableau
pour classer tous ces déterminants justement. »). |
5-les phrases pour composition ou recomposition : L’opération
consiste en une composition ou recomposition de phrases pour mieux les
analyser grammaticalement. Les reconstruire pour mieux mettre en relief des
constructions, fonctionnements ou propriétés linguistiques (cf. Dominique :
« Vous allez par groupe, par groupe, vous allez corriger ces
phrases. Mais d'abord au brouillon, mais ensuite on recopiera la correction
que retrouvez la meilleure. »). |
6- les phrases pour expansion : La tâche consiste à compléter
des segments de phrases ou des parties de phrases (avec les subordonnées)
afin de mieux appréhender un fonctionnement linguistique... (cf. Muriel,
Laurence, Virginie : « Donc maintenant sur le cahier
d’essai. Tout seul, il y en a qui vont chercher à me donner plus de
renseignements sur le groupe bleu, donc à rajouter des mots. Mais il faut le
faire avec sa tête. On a pas le droit de prendre son livre pour s’aider. Et
il y en a qui vont chercher à rajouter des mots dans le groupe rouge ») |
7- les phrases pour manipulation : La tâche grammaticale de
manipulation a pour objectif de caractériser les éléments d’une phrase, de
déterminer les propriétés des éléments phrastiques. La manipulation
indique les propriétés du concept (cf. Fabrice : Qui peut relire cette phrase en essayant de déplacer les
groupes que j’ai soulignés en rouge. On essaye de relire cette phrase »). |
8- les phrases pour pronominalisation : La pronominalisation
consiste en substituer par un pronom un segment de la phrase afin de
révéler des propriétés syntaxiques de constituants de la phrase (cf.
Jean- François, Evelyne : « Ils... du centre de loisirs,
construisent une cabane »). |
9- les phrases pour agrégation : Il s’agit de souligner le
principe d’enchâssements des structures grammaticales dans une phrase (cf.
Jean-François : « Une phrase boule de neige où
j’aurais mis plusieurs compléments (...) Jeremy, dans la cuisine, écrit
presque tous les jours, une lettre à ses parents ».) |
10 - les phrases pour transposition : Il s’agit de phrases où
les structures sont transposées afin de mettre en relief le fonctionnement
phrastique. On fait varier des groupes de mots, des structures (cf.
Jean-Jacques : « Lundi, nous sommes allés à l’école,
on a mangé du poisson et des épinards. Après nous sommes retournés en
classe et on a vu monsieur Eletuffe. Quelle belle journée ! Mardi, nous
sommes allés chez monsieur Eletuffe, on a mangé la classe et les épinards.
Après nous sommes retournés à l’école et on a vu le poisson. Quelle belle
journée. Mercredi, nous sommes allés chez les poissons et les épinards, on
a mangé Monsieur Eletuffe. Après, nous sommes retournés à l’école et on
a vu la classe. Quelle belle journée ! Et, Juliette : « Stéphane fait d'interminables
parties de billes. Le garçon fait d'interminables parties de billes. Il fait
d'interminables parties de billes. Le fils de ma voisine fait d'interminables
parties de billes. Le petit garçon que j'ai vu hier soir fait
d'interminables parties de billes. »). |
3/ La
relation à la conception :
Besse (1991) considère que la diversité de pratiques de classe reflète la
diversité de conceptions sur la grammaire. Il établit un lien direct entre la
variabilité des didactiques et celles des représentations de la règle
grammaticale, considérant qu’il existe trois grandes conceptions. Une
conception juridique qui voit la règle comme un précepte lié au Bon Usage, une
conception descriptiviste qui la regarde comme une loi d’organisation de la
langue (les régularités d’une langue), une conception constructiviste qui pose
qu’une règle de grammaire est une hypothèse pour mieux comprendre un
fonctionnement linguistique. Les conceptions, face à la grammaire, oscillent
entre un rapport aigu à la loi d’usage, un rapport plutôt scientifique à la
langue décrite.
Pour notre
part, il nous apparaît autour d’un axe central « juridique » une tension entre
un modèle réflexif et un modèle instrumental, entre apprendre la grammaire pour
réfléchir et conceptualiser la langue ou apprendre la grammaire pour mieux
écrire et lire dans une perspective d’instrumentalisation de la règle
grammaticale. L’enseignant vise-t-il que l’élève comprennent finement le
fonctionnement de la langue, le comment ça fonctionne, ou plutôt sache utiliser
la langue convenablement, le comment ça marche, comment ça se pilote ?
Les
discriminations de Besse relèvent bien plus du rapport à la règle grammaticale
qu’à la pratique réelle de classe dont les traces révèlent le modèle opératif
de l’enseignant. Notre catégorisation relève non d’une relation avec la
grammaire académique mais d’un rapport à la grammaire en acte.
Autour de
séances d’enseignement-apprentissage à partir d’observations et d’entretiens
d’autoconfrontation, nous avons identifié différents « profils » d’enseignants
: le profil juridique, instrumental et réflexif. Ces profils des enseignants,
déterminés par des accentuations, constituent la finalité d’une grammaire en
acte. Ce sont donc de grandes tendances qui expliquent en partie la stratégie
des enseignants. Elles impactent vraisemblablement leurs manières de programmer
la difficulté d’apprentissage au regard du choix de la structure de la phrase
plus ou moins simple, des options méta-langagières afférentes pour expliciter
les faits langagiers, du choix de la tâche scolaire et de la manière de
l’adapter, de réguler selon une configuration de la médiation enseignante où le
maître de grammaire donne plus ou moins d’indices, souffle la réponse ou bien
provoque plus ou moins de réflexion ou de production (écrite). Une étude
approfondie de la didactique de l’acteur montre des professionnels au modèle
réflexif -juridique ou instrumental-juridique. Ces profils ne sont pas « purs »
ou « tranchés », ils forment davantage des tendances opérationnelles des
enseignants en grammaire que des types idéaux de praticiens. Toutefois, un
profil du maître de grammaire juridique, instrumental ou réflexif ne conduit
pas à la même dynamique d’apprentissage.
L’enseignant à profil « juridique » : la règle grammaticale est la matrice de
la stratégie enseignante. C’est faire de la grammaire afin de respecter la
juridiction du code grammatical, avant toute chose. Cet apprentissage est
linéairement descriptif sans nulle autre préoccupation.
« Je
me dis qu’en fait on ne peut pas construire un pavillon sans fondations. Et les
fondations, ce sont bien les notions de base en fait et si ces notions-là, ils
ne les ont pas, alors je ne vois pas comment on peut construire cette
maison. »
L’enseignant
à profil « instrumentaux » : les finalités de l’apprentissage en termes de
production d’écrit à valoriser sont premières, l’art grammatical n’est qu’un
instrument pour mieux écrire, mieux parler. Cet apprentissage favorise la constitution d’une boîte à outils d’écriture
(ou de lecture selon le niveau d’enseignement). Une grammaire telle une boîte à
outils pour écrire : « Pour quand ils écrivent, ils puissent se dire,
ben, je veux donner cette impression-là, je veux transmettre ça, et j’ai à ma
disposition des outils grammaticaux pour pouvoir mieux m'exprimer, qui sont ça,
ça et ça. Là, j'utilise un complément du nom parce que je veux faire ressentir
cette impression, là, parce que je veux expliquer... Je ne dis pas qu'ils y
arrivent. » (Juliette) « Je
voudrais essayer de travailler en partant vraiment de, on a besoin, on a un
projet d'écriture, on a besoin de certains outils pour améliorer notre projet,
pour pouvoir utiliser la langue, pour transmettre nos idées, quoi. Voilà. C'est
ce que j'ai essayé de faire pendant cette séance. » (Laurence) Une grammaire pour l’oral : « Tant
qu'on parle faux, ce n’est pas la grammaire qui va aider à corriger un langage
oral maladroit, et j'avoue que tant que la maman de mon élève dira : ouais
c'est la sœur à mon père qu'il l’a dit, ben moi, j'aurais beau dire que
grammaticalement, il faut dire la sœur de mon père, c'est complètement vain.
Voilà. Et le problème c'est que, c'est qu'à mon avis c'est le langage oral qui
permet la réussite sociale, c'est le langage oral qui permet d'avoir des
concours, c'est le langage oral qui permet de devenir instit et euh on ne le
travaille pas assez. » (...) « Peut-être pas subalterne, mais qui est
grandement aidé par une pratique orale correcte, quoi. (…) Tu comprends, quand,
moi là, mon fils, il dit : aïe, je me fais mal, je me fais mal. Moi je le
corrige, je dis : je me suis fait mal. Si on ne le corrige pas, et ben
jamais il ne pourra l’apprendre par cœur, c'est en apprenant. Tu comprends, il
y a un apprentissage par imprégnation de la langue écrite par
l'oral. » (...). « L'oral il est, l'écrit, il est pénétré
d'oral. (…) Je m'oriente vraiment sur une pratique très intense de
l'enseignement de l'oral si tenté qu'on puisse enseigner l'oral. Notamment par
les ateliers philo, le quoi de neuf, et voilà. » (Cécile). Une grammaire
pour rectifier les écrits : « Dans l’idéal, moi
je les ferais écrire le plus possible, je partirais de leurs écrits. Mais il
faudrait qu’il y ait beaucoup moins d'élèves pour que je puisse décortiquer
avec eux leurs écrits et leur montrer là, pointer effectivement, il te manque
un verbe pour comprendre la phrase, tes verbes si tu veux vraiment que
l'histoire soit au passé, il faut qu'ils soient au passé pour telle ou telle
raison. C'est ça, j'essaye de faire. Mais, en grand groupe, je ne peux passer
devant 23 élèves et faire tout ça parce que matériellement on n'a pas le
temps » (Jean-Jacques).
L’enseignant à profil « réflexif » : la grammaire est constituée d’un ensemble
de concepts dont l’acquisition conduit à un mouvement de conceptualisation
générale sur la langue. C’est faire de la grammaire pour développer une
métacognition sur la langue. Cet apprentissage favorise la réflexion. Une
grammaire textuelle et phrastique fondée sur la démarche scientifique : « C'est la grammaire textuelle. On part du texte on
essaye de, ensuite on revient à la phrase, ensuite au mot. C'est plutôt dans ça
que je me situe. Je pars du texte, c'est-à-dire du sens. Je ne pars pas du mot
et je n’arrive pas au groupe de mots et avec le groupe de mots, on ne fait pas
tous les différents groupes de mots qui forment la phrase et la phrase forme le
texte. Ici, je distribue un texte. On partait du sens et en supprimant des
groupes, on essayait de garder le même sens. On garde quand même l'idée du
texte même si ce n'est pas un texte d'auteur. » (...) « En gros, c'est
observer, on émet des hypothèses, on les vérifie, on interprète le résultat, on
fait une conclusion. En gros c'est ça. L'observation, c'est tout ça. Donc là,
on observe les phrases, où les compléments, c'est parce que si on fait une
hypothèse, c'est un complément, qui a des propriétés particulières. On le
vérifie qu'on peut le déplacer, qu'on peut le supprimer. Et la conclusion que
j’attends à la fin, c’est que ce complément, il est là pour donner des
précisions, des circonstances. En gros, c'est ça. Est-ce que je l'applique
partout ? L'idéal serait de le faire, mais je ne pense pas que je l'applique
partout. En conjugaison, il ne me semble pas que je l'applique. »
(Patrice). Une grammaire de l’enquête : « Je veux dire, pour pas
qu'ils pensent que c'est comme ça et comme ça, on n'y peut rien. C’est aussi
chercher pourquoi c'est comme ça. Et de toute façon, je pars du principe qu'on
comprend beaucoup mieux la langue quand on sait pourquoi, que ce soit en
orthographe ou en grammaire. Et ça paraît beaucoup, faire de la linguistique
aux élèves, ça paraît fastidieux. Mais, en fin de compte, je pense qu'on y
gagne à la fin. Ils y gagnent à la fin d'avoir des petites démarches de
linguistique pour comprendre tout, quoi. Je ne sais pas si c'est de la
linguistique, la grammaire. J'ai fait un peu de linguistique. Je ne suis pas un
spécialiste. Mais voilà, ce que j’ai appris moi en faisant de la linguistique,
c'est justement avoir cette démarche de se dire pourquoi, rechercher les
racines ou des règles qui ont un sens. Ça permet de beaucoup mieux comprendre.
C'est vrai qu'à leur niveau, bon, tu ne peux pas aller très loin, mais c'est
surtout une démarche quoi, d'analyse de la langue. » (Guillaume).
A l’analyse des protocoles de séance
d’étude de la langue, il émerge au final une forme scolaire d’enseignement
apprentissage en lien avec une accentuation de la pratique enseignante. Nous
observons une accentuation plus « instrumentale » ou une accentuation
plus « réflexive » ; toutes partagent néanmoins une finalité «
juridique » d’un enseignement fondé sur la loi grammaticale : les règles de
grammaire, les lois d’usage langagier. Ces accentuations constituent une
attitude singulière du praticien, colorent singulièrement leurs manières de
faire apprendre des faits sur la langue, selon leurs conceptions personnelles
sur la grammaire, leur rapport à la discipline d’enseignement.
4/ La
stylisation personnelle impacte largement la forme scolaire.
Celle-ci
nous est apparue lors des entretiens d’autoconfrontation, des enseignants
observés, au film de leur activité. Elles ont été déduites selon le paradigme
du jugement pragmatique, dont le caractère d’évidence établit une valeur.
C’est
ainsi que la « stylisation personnelle » de Laurence s’apparente au
socio-constructivisme qu’elle défend dans son approche enseignante comme
élément moteur de son activité et de l’apprentissage des élèves. En revanche,
Jean- François s’intéresse plutôt au caractère de marquage social que peut
véhiculer la grammaire et aux manières de la transformer comme une « arme »
pour pouvoir dominer les énoncés et ne pas être stigmatisé. Tandis que
Jean-Jacques s’en retourne vers les contenus linguistiques : il a un souci
d’intelligence de la langue. Les « stylisations personnelles » de Dominique et
Fabienne ne sont pas tranchées. Pour tous deux, la grammaire n’est pas seulement
un « outil pour mieux écrire », car la langue est aussi un « apprentissage de
la métacognition » (comme pour Guillaume : « ça aide à la réflexion, ça
structure la pensée »). La « stylisation personnelle » enseignante d’Annabelle
est pragmatique : faire de la grammaire sert, in fine, à établir une fiche
pratique d’aide à la production d’écrits. Juliette vise la norme
orthographique, seul enseignement valide à ses yeux, face à une « grammaire
vaine » alors que la « stylisation personnelle » de Fabrice conçoit la
grammaire comme une école de la règle et de la rigueur. Ces quelques exemples
montrent une observation que nous n’avons pu davantage développer faute de
pouvoir croiser des données objectives de pratiques de classe avec des données
subjectives d’auto-confrontation suffisamment renseignées.
Les «
stylisations personnelles » sont la part d’intervention, nous semble-t-il, la
plus individuelle de l’enseignant qui entraîne qu’aucune classe de grammaire ne
se ressemble, même si les contenus et les objectifs d’apprentissage sont
identiques. L’appartenance à un mouvement pédagogique militant ou bien
l’élaboration d’un modèle pédagogique propre les caractérise, ainsi que le
bagage scolaire et universitaire de l’enseignant. Le positionnement
grammatical, la logique d’apprentissage varie selon la culture littéraire ou
scientifique. Ainsi, nous avons noté dans nos observations, pour l’un, un
apprentissage plus ancré sur une logique sémantique et littéraire, pour l’autre
un apprentissage qui se fonde davantage sur une logique scientifique et
épistémique, dès lors que l’enseignante a effectué des études en linguistique
ou en sciences, à la différence de ceux qui ont suivi des études
essentiellement littéraires. Ces dimensions influent sur la forme scolaire :
la façon d’appréhender les faits de langue, la manière d’étayer les
apprentissages et de piloter le glissement conceptuel, le désir de faire
apprendre la langue qui peut ou non s’avérer « contagieux ».
Pour conclure, nous devons également
considérer – comme l’explique la littérature didactique – une autre tension
pour l’enseignant, qui façonne la forme scolaire. L’enseignant peut se sentir à
la fois pressé, par le milieu social ou les attentes parentales, de recourir à
la grammaire prescriptive conventionnelle pour apprendre à bien parler et à
bien écrire – et de montrer une certaine idée de scientificité qui vise la
description linguistique. Cet autre tiraillement complique notre panorama de
l’activité du « maître de grammaire », créant quelques variantes supplémentaires
dans les modèles opératifs des acteurs.
Notons que le professeur des écoles invente sa
« pratique enseignante » ou activité d’enseignement. Il fait appel à
un « genre partagé » d’enseignement de la grammaire (au sens de Clot) dans des
séances interactives, centrée soit sur l’activité transmissive du professeur,
soit sur l’activité cognitive des élèves. En ce sens, il s’inspire de ce que
proposent les manuels scolaires ou de ce que ses collègues lui disent de ce
qu’ils font pour enseigner la grammaire. Il convoque aussi ses propres
stratégies, il agit selon un bagage scientifique et disciplinaire qu’il possède
et maîtrise. Il agit enfin et peut-être surtout selon ses représentations sur
la grammaire.
En cela, il est
intéressant d’observer les écarts entre le curriculum prescrit et le curriculum
réel (ce que font exactement les enseignants et les élèves en classe d’étude de
la langue). D’autant que la prescription en matière d’enseignement de la
grammaire a souvent été modifié et l’objet d’ouvrage qui rappelle les
polémiques et réformes successives
Encore
peu développées durant le XIXème siècle, c’est avec les Lois Ferry de 1881 et
1882 que les écoles connaissent une ascension fulgurante dans la société. Ce
sont ces lois, en effet, qui décrètent une école publique, gratuite, laïque et
obligatoire.
Au
siècle dernier, l’enseignement est très traditionnel et vraisemblablement en adéquation
avec une société très conservatrice d’alors. Cependant, jamais les théories sur
la manière d’apprendre n’avait été aussi florissante.
Le modèle
transmissif, alors appliqué est destiné au maître, seul acteur de la classe,
tandis que les élèves, passifs, doivent l’écouter, prendre des notes et
travailler sans faire de bruits. Bien sûr, cette pédagogie a beaucoup évolué
puisque de nos jours, le modèle socio- constructiviste invite les enseignants à
confronter les représentations initiales des élèves afin qu’ils puissent, par
le dialogue, construire ensemble leurs propres savoirs.
Dans quelle mesure pouvons-nous
dire que la pédagogie répond a des enjeux sociétaux ? Pour répondre à cette
question, nous nous pencherons sur les pédagogies actuelles et leurs origines
avant de nous demander quels processus d’apprentissage viennent répondre aux
enjeux technologiques de notre siècle.
Tout
d’abord, tentons de comprendre les différentes origines et objectifs des
processus d’apprentissage actuels.
Utilisé pour la première fois en 1913 par John Broadus
Watson, psychologue américain, le terme béhaviorisme (de l’anglais « behavior »
(comportement)) est ainsi définie par le Larousse : « Courant de la psychologie
scientifique qui ne prend en considération que les relations directes ou
presque directes entre les stimulus [du comportement] et les [comportements]
réponses. ». En didactique, sa définition est plus simple : « Théorie qui limite
la psychologie à l’étude du comportement. ».
Bien que l’individu soit au cœur du
béhaviorisme, son créateur, indique que cette psychologie est liée aux sciences
naturelles. Elle vise à prédire et à contrôler un comportement. Son
appartenance aux sciences naturelles et non humaines s’explique par le fait que
le travail des béhavioristes ne s’appuie pas sur la conscience humaine (la
pensée, les émotions, etc...). Déjà, John Watson utilise l’apprentissage afin
de prouver les liens annoncés par son béhaviorisme. En effet, il souhaite
étudier les liens qui existent entre l’environnement physique, social et
culturel des élèves, ainsi que leurs mécanismes biologiques, et le comportement
qu’ils adoptent (activités, actions, conduites). Afin de mesurer les comportements,
les facteurs suivants sont utilisés : la fréquence, la durée, la vitesse et
l’intensité. Ils sont déterminants dans l’analyse, la comparaison et la
prédiction des comportements.
Pour
mieux comprendre ce qu’est le béhaviorisme, il suffit de le comparer à une de
nos actions quotidiennes. L’apprentissage de la conduite est un parfait exemple
du modèle béhavioriste. Par l’apprentissage théorique, l’entraînement, et la
répétition de plus gestes, nous construisons un apprentissage efficace qui
fluidifie peu à peu notre comportement jusqu’à ce que ce dernier devienne
automatique, presque inconscient.
Ce modèle, à l’école, est très utile lors des
apprentissages techniques où l’élève doit s’approprier une méthode, une
gestuelle ou une réflexion précise. Confrontés à un problème technique, les
élèves pourront eux même constater leurs progrès en se rendant compte des
différentes étapes par lesquelles ils ont su passer pour le résoudre. La
construction de ce savoir ne nécessite pas forcément l’intervention de l’enseignant.
L’élève pourra manipuler, observer, analyser afin de comprendre le comportement
à adopter pour réussir l’exercice.
Dans
l’éducation, c’est Burrhus Frederic Skinner, psychologue et penseur américain,
qui a développé le comportementalisme (béhaviorisme). En effet, sa théorie du
conditionnement opérant hypothèse que pour former l’élève, et l’enfant en
général, il est nécessaire de s’aider de deux outils : la punition et la
récompense. Le conditionnement opérant s’oppose au conditionnement classique qui
n’utilise pas ces deux outils. Initialement présentée par Edward Thorndike,
psychologue américain, le conditionnement était, au départ, destinée au
dressage des animaux. Nous savons en effet que la distribution de friandises
aux animaux à la suite d’une action leur permettra de reproduire cette action.
A l’inverse, une punition réduira les risques qu’une mauvaise action soit
répétée. « Le chien de Pavlov », expression qui tire son nom du physiologiste
russe Ivan Pavlov, décrit d’ailleurs une action dictée par l’instinct plutôt
que par la raison. Après avoir effectué des tests sur des cobayes (rats,
pigeons), le psychologue Skinner affirme que les êtres humains sont également
sensibles au conditionnement.
A la
suite de cette analyse, nous pouvons considérer le béhaviorisme comme une
analyse psychologique du comportement humain basée sur divers facteurs. Son
entrée dans l’éducation dans la deuxième moitié du 20ème siècle permet aux élèves
de construire leurs savoirs à l’aide de la répétition de mécanismes.
Le
processus d’apprentissage s’opposant au béhaviorisme est le cognitivisme,
présenté par Jerome Bruner et George Armitage Miller, psychologues américains,
en 1956 . Formé dans les années 1940 se définit ainsi dans le Larousse :
Tendance théorique qui met l’accent sur les activités supérieures humaines (la
cognition), et qui accepte l’idée qu’une connaissance scientifique de ces
activités est possible.
Cette
théorie d’apprentissage suggère que la cognition résulte d’un calcul cérébral.
Dan Sperber, anthropologue, linguiste et chercheur en sciences cognitives
français, indique que ce processus est décomposé « en opérations élémentaires »
et ramène « les représentations à des structures formelles dont la réalisation
matérielle est concevable ». Initialement, c’est Gottfried Wilhelm Leibniz,
philosophe allemand du 17ème siècle, qui établit une relation entre la linguistique,
l’expression et les mathématiques et plus largement entre l’imaginaire et la
logique. Cette relation a d’ailleurs fortement inspiré l’algèbre logique de
George Boole, logicien mathématicien et philosophe britannique. Cette méthode
algébrique est un des fondements des circuits électroniques et programmes
informatiques et se résume en deux nombres : 0, lié à la fausseté, et le 1, lié
à la vérité. Ainsi, lors du traitement de l’information, le cerveau, tel un
circuit électrique ou informatique se demanderait si l’information reçue doit
être traitée ou non. Lors d’un calcul, par exemple, le cerveau se demanderait,
inconsciemment, si le résultat de 2+2 peut être 1, 2, 3, avant de trouver la
bonne réponse et de l’assimiler au nombre 1, vrai.
Jacques Tardif, pédagogue français,
définit les principes du cognitivisme dans l’enseignement. Il indique que cette
méthode d’apprentissage repose sur un dynamisme dans lequel l’enseignant, qui
arbore un rôle de médiateur entre l’élève et les savoirs, va chercher à créer
des liens entre les nouvelles informations et les représentations initiales des
élèves. Pour cela, ces derniers, qui traitent la nouvelle information, doivent
se montrer motivés, engagés dans les activités. Des évaluations fréquentes
(formatives et sommatives) sont requises afin de s’assurer de la bonne
transmission du savoir.
Nous
pouvons maintenant décrire le cognitivisme comme un processus d’apprentissage
s’opposant au béhaviorisme. Inspiré des mécanismes informatiques, il implique
un traitement actif et logique de l’information qui permet aux apprenants de
mémoriser et de traiter de plus en plus rapidement une information donnée.
Le
troisième processus d’apprentissage souvent utilisé en pédagogie est le
constructivisme. Développé par Jean Piaget, psychologue suisse, dès 1953, tend
lui aussi à apporter une réponse au béhaviorisme. Contrairement au
cognitivisme, il ne compare pas l’apprenant à un système informatique mais
présente l’hypothèse selon laquelle nous ne pouvons simplement inculquer de
nouvelles informations à un individu. En effet, chacun détient des
représentations initiales sur tous domaines. Ainsi, le constructiviste modèle
ces représentations afin d’en construire des nouvelles, plus proche de la
réalité. Jean Piaget indique que l’enfant va développer 4 stades différents.
Tout au long de ces stades, il acquerra une nouvelle représentation de la
réalité. Le stade préopératoire, marqué chez l’enfant par l’entrée en école
maternelle, laisse apparaitre le développement du langage ainsi qu’un
égocentrisme naturel de l’enfant. Il apprendra alors à associer des jouets, ou
objets factices a des objets réels afin d’imiter le monde adulte qu’il observe
tous les jours, l’exemple le plus connu étant certainement celui de « la
dinette ». Plus tard, entre 7 et 12 ans, soit à l’entrée à l’école élémentaire,
le stade opératoire concret permet à l’élève de raisonner, de classer et de
grouper. L’enfant deviendra un acteur social et prendra en compte l’avis des
autres. Le dernier stade débute à 12, soit à l’entrée au collège. L’enfant
utilise alors son langage afin de développer une réflexion plus complexe.
Dans
ces 4 stades, la manipulation demeure un élément fondamental de
l’apprentissage. Il permettra à l’élève d’observer, de réfléchir, de répéter
jusqu’à ce qu’il comprenne le fonctionnement d’un objet ou d’un concept. Cette
interaction permettra une évolution et une construction des savoirs.
Pierre
Bourdieu, sociologue français, développe ce concept de constructivisme en
proposant le constructivisme structuraliste. Il établit alors un lien entre
l’habitus (les habitudes sociales d’une communauté dans laquelle se trouve
l’individu), les structures sociales et la construction du savoir de
l’individu. Ainsi, le milieu dans lequel l’élève évolue sera déterminant à la
construction de son apprentissage. Les programmes scolaires encouragent
d’ailleurs la mise en place d’un cadre propice au bien-être et aux apprentissages
dans la définition du climat scolaire.
En
classe, l’enseignant qui suit un modèle constructiviste doit s’assurer que les
élèves soient acteurs de leurs apprentissages. La justification et le
raisonnement est préféré au par cœur qui ne coïncide pas forcément avec la
compréhension des savoirs. Le faire-sens devient primordial puisqu’elle
permettra aux élèves de ne pas s’ennuyer. Or, un élève qui s’ennuie ne peut pas
s’impliquer et s’investir dans une activité.
Le
modèle constructiviste développé par Jean Piaget est donc un modèle qui a pour
objectif la construction des savoirs. Pour cela, elle se fonde sur les
représentations initiales qui seront développées et réajustées grâce à des
activités de manipulation qui rendront l’élève acteur de son apprentissage.
Le
psychologue pédagogue biélorusse Lev Vygotski approfondit les propos tenus par
Piaget. En avançant : « C’est en transformant son milieu que l’homme se
transforme lui-même », il pose les bases de ce qui deviendra le
socio-constructivisme. Dans ce terme, nous retrouvons le processus
d’apprentissage étudié précédemment. Nous pouvons donc en déduire que là
encore, la construction du savoir occupe une place fondamentale. La différence
entre les deux modèles se manifeste par l’apparition d’un troisième pilier,
l’alter, dans un modèle qui reposait jusqu’alors uniquement l’individu et la
tâche. L’alter est important ici, puisqu’il va permettre à l’enfant de
mobiliser un outil très important à son développement cognitif : le langage. Ce
langage, en plus de permettre une meilleure manipulation des objets permet à
l’enfant de contrôler et de structurer sa pensée. Il permet la socialisation
avec ses pairs et accompagne la pensée dans la construction des savoirs. Le
développement de conflits socio- cognitifs sera entraîné par le
socio-constructivisme. Ainsi, les élèves échangeront entre eux et pourront, en
argumentant, construire leurs savoirs à partir, non seulement de leurs propres
représentations initiales, mais également de celles de leurs pairs. Après avoir
entendu la réflexion de ses camarades, l’élève sera en mesure d’adopter le
choix qui semble le plus logique.
L’enseignant
peut mettre en place diverses dispositions afin de mettre en place ce modèle
socio-constructiviste. Celestin Freinet, pédagogue français, présente plusieurs
outils afin de permettre une approche sociale de l’apprentissage en classe.
Parmi ceux-ci, nous présenterons ici, d’abord le travail de groupe. Comme
expliqué plus tôt, cette modalité de travail permet aux élèves de confronter
leurs savoirs et d’en construire de nouveaux en s’accordant sur les
représentations les plus logiques. Ensuite, Freinet a présenté les «
classes-promenades ». Ces sorties scolaires amènent les élèves à construire
leurs savoirs en observant par eux-mêmes les différents corps de métier, les
institutions, les traditions qui évoluent tout autour d’eux. Cette étude du
milieu local, et de l’environnement proche de l’élève permettra à l’enseignant
de faire sens puisque les élèves seront confrontés aux réalités du quotidien.
La coopération entre instituteurs tend également à favoriser l’apprentissage
social. Les enseignants sont invités à discuter et à réfléchir sur les
différentes pédagogies existantes et sur les besoins des élèves. Aujourd’hui,
ce sont des conseils d’écoles, des équipes éducatives qui permettent aux
enseignants de discuter afin de développer des projets scolaires dans l’intérêt
des élèves.
Le
socio-constructivisme est donc l’héritier direct du constructivisme. Il
mobilise non seulement la construction du savoir de l’élève au départ de leurs
représentations initiales mais visera également la confrontation des
représentations de chacun afin de privilégier la logique, le raisonnement, la
justification et l’acceptation de la pensée de l’autre.
Pour conclure cette première
partie, nous pouvons dire que les processus d’apprentissage actuels découlent
de la pensée des philosophes du 20ème siècle. Ce siècle où de nombreux psychologues
et pédagogues se sont interrogés sur le développement de la conscience, de
l’inconscient, et de l’activité cérébrale a permis de conduire à la mise en
œuvre de nouveaux processus d’apprentissage. Ceux-ci répondent plus
profondément aux capacités de l’enfant et des individus en général et à leur
sensibilité nerveuse et logique.
Après
avoir vu que les processus d’apprentissage développés tout au long du 20ème siècle
répondent aux enjeux psychologiques découverts durant ce siècle, il est tout à
fait légitime de se demander quels seront les nouveaux processus utilisés
demain ? La société est entrée dans une nouvelle ère : l’ère du numérique. La
technologie peut-elle réellement avoir une place dans la classe en tant qu’outil
de l’apprentissage des élèves ?
Commençons
par une méthode d’apprentissage qui vient répondre aux limites des trois
étudiées précédemment. George Siemens, théoricien de l’apprentissage mexicain,
et Stephen Downes, designer et expert dans les domaines de l’apprentissage en
ligne canadien, ont présenté le concept du « connectivisme » en 2007. Ce
concept se distingue alors du constructivisme, du béhaviorisme et du
cognitivisme par son originalité. En effet, G. Siemens indique que les trois
méthodes étudiées précédemment ne sont ni originales, ni vraiment nouvelles
puisqu’elle se reposent toutes sur les bases du modèle transmissif.
Cette nouvelle méthode
d’apprentissage, quand à elle, fait suite au constat de Josiane Basque,
directrice du département de l’université TELUQ, qui remarque en 2005 que les
TIC (technologie de l’information et de la communication) sont en pleine
expansion. Mona Laroussi, enseignante-chercheuse tunisienne argumente que ces
nouvelles technologies permettent de nouvelles méthodes et outils pédagogiques.
Ces outils s’attachent plus aux élèves que les précédents et leurs permettent
de bénéficier d’un côté de l’apprentissage plus ludique. De plus, Sugata Mitra,
enseignant indien, déclare que l’élève n’a pas besoin de l’enseignant pour
développer son savoir et acquérir de nouvelles connaissances. G. Siemens et S.
Downes ont alors présenté un projet appelé « MOOC » (Massive Open Online
Course, Cours En Ligne Massivement Ouverts). Cet outil technologique permet aux
élèves d’être informés par Flux RSS des nouvelles publications émises par un
professeur sur une plateforme. Le connectivisme permet alors aux élèves de
discuter, d’échanger, entre eux ou avec leur enseignant, à travers divers
réseaux sociaux. De plus, les élèves ont le choix, ou non, de participer à des
réunions en ligne qui apporteront des informations plus profondes sur le sujet
de leurs choix. Cela permet à l’élève d’être acteur de son apprentissage tout
en choisissant les outils dont il a besoin ainsi que les enseignements qui lui
sont nécessaires. Plon Verhagen, professeur à l’université de Twente, regrette
cependant que le connectivisme ne soit pas, selon lui, une nouvelle théorie de
l’apprentissage mais uniquement un nouveau point de vue sur celui-ci. En effet,
il ne s’intéresse pas à proprement parler aux besoins de l’élève et à ce que la
méthode pourrait lui apporter mais à aux différents savoirs et à l’origine de
ces derniers. Jacques Rodet, concepteur pédagogique, confirme que le
connectivisme, malgré tous ses atouts et apports semble plus proche d’une
méthode pédagogique nouvelle qu’à une réelle nouvelle théorie de
l’apprentissage.
Il
est courant de retrouver, à tort, une comparaison entre le connectivisme et le
connexionnisme. Ces deux concepts sont pourtant très différents. En effet, le
connexionnisme, abordé en neurosciences, cherche à établir un lien, une
connexion, entre le cerveau et l’imaginaire. Le connectivisme, pour sa part,
est lié à l’éducation. Elle se veut être une théorie de l’apprentissage
permettant d’intégrer les technologies à la classe. Ainsi, elles répondraient
aux nouveaux besoins éducatifs liés à la technologie en permettant aux élèves
de retrouver, en ligne, les leçons fournies par leurs professeurs.
Le
second processus d’apprentissage que nous allons étudier ne propose, non pas
d’intégrer la technologie à la classe, mais de profiter de ressources en ligne
afin de proposer aux élève un nouveau moyen de s’approprier des connaissances.
Témoins d’un absentéisme et de retards réguliers des élèves comme des
enseignants, Aaron Sams et Jonathan Bergmann, professeurs américains ont
imaginé « la classe inversée ». Afin de répondre à leurs constats, elle permet
aux élèves de travailler une leçon à la maison, en guise de devoirs, afin de
gagner du temps en classe. Ainsi les élèves pourront bénéficier de l’ensemble
des ressources proposées par internet (moteurs de recherche, encyclopédies en
ligne, articles universitaires etc...) afin de construire leurs savoirs. Il se
distingue alors du connectivisme où l’enseignant regroupe déjà des leçons sur
une plateforme précise. Ce modèle s’intéresse « aux besoins individuels de
chacun » puisque l’école leur permettra d’approfondir ce qu’ils n’ont pas
compris. De plus, cet enseignement s’adapte au rythme et à l’intelligence de
chaque élève. Il permet également de répondre à la divergence d’opinion de
chacun. L’élève sera actif de son apprentissage, ce qui, comme nous l’avons vu
précédemment, est important dans le processus de construction du savoir.
L’évaluation de cette méthode d’apprentissage effectuée en 2010 dans le lycée
Clintondale High School semble probant puisque le taux d’échec s’y voit réduit
de 22% depuis l’application de la classe inversée. Falko Peschel, pédagogue
allemand, explique ces résultats par l’encouragement de l’autonomie chez
l’élève. Il est vrai que cette méthode apprend à l’élève à mieux organiser son
temps de travail et de se fixer divers objectifs à réaliser.
Selon
Marcel Lebrun, nous ne pouvons parler d’une seule mais de plusieurs classes
inversées. En effet, selon les aides apportées par le professeur -ou non- lors
de l’apprentissage des élèves, cette technique serait différente d’un
enseignant à l’autre. Son travail est résumé dans le schéma suivant.
Nous
pouvons maintenant définir la classe inversée comme un processus
d’apprentissage où le triangle didactique est redéfini. L’enseignant n’est plus
un médiateur entre le savoir et l’élève mais devient un outil de compréhension.
La technologie, quand à elle, devient un réel support grâce auquel l’élève va
acquérir et développer de nouvelles informations.
Pour
conclure, nous pouvons affirmer qu’il existe un lien intime entre les théories
de l’apprentissage et les besoins de la société. Le 20ème siècle a été marqué par
l’émergence d’une psychologie et de sciences humaines qui ont fondamentalement
bouleversé la perception de l’humain, de son cerveau et de son -ses-
intelligence(s). Ces découvertes ont largement contribué au développement de
l’école, de l’éducation et a profondément changé le paysage scolaire. Le rôle
de l’enseignant, celui de l’élève ainsi que le cadre de l’école en lui-même a
été modifié afin de s’adapter aux besoins psychomoteurs des élèves, réels
objets de l’apprentissages. Ainsi, ils ont progressivement quitté leur rôle de
spectateurs afin de devenir acteurs de leurs apprentissages.
Avec
l’arrivée du 21ème
siècle, de nouveaux enjeux sociétaux apparaissent. Tout autour de nous,
l’environnement change et s’adapte de plus en plus largement à l’ère du
numérique. Il est donc tout à fait logique qu’au sein de l’école se changement
apparaisse également. Depuis la fin du 20ème siècle, mais particulièrement
depuis le début du nouveau millénaire, de nombreux savants et enseignants ont
pu proposer des méthodes pédagogiques nouvelles, ou des processus
d’apprentissage qui tendent à intégrer la technologie à la classe et de
répondre aux nouveaux besoins grâce à celle-ci. Cependant, ces enjeux sont
encore récents et les spécialistes n’ont pour le moment disposé que de très peu
de temps afin de développer, d’imaginer et de contribuer profondément à ces
nouvelles théories. Malgré tout, nous pouvons espérer que d’ici la seconde
moitié de notre siècle, la technologie soit pleinement intégrée à l’école et
que de nombreuses théories de l’apprentissage viendront apporter des réponses
aux enjeux technologiques actuels. Les technologies tels que le connectivisme
ou la classe inversée se verront certainement complétées, approfondies par de
nouveaux travaux qui leur permettront de s’étendre et d’occuper une place
prépondérante dans nos classes de demain.
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https://singularite.wordpress.com/2012/02/16/le-connectivisme/
http://www.surfspace.nl/nl/Redactieomgeving/Publicaties/Documents/Connectivism
http://jacques.rodet.free.fr/jel2013.pdf
A SUIVRE
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
EDULAB, En avant pour l’école
efficace.
EDULAB, En avant pour
l’école efficace.
[1] Maulini, O. et Perrenoud, P. (2005). La forme scolaire de l’éducation de
base : tensions internes et évolutions. Dans O. Maulini et P. Perrenoud
(dir.), Les formes de
l’éducation : Variété et variations (p. 147-168).
Bruxelles : De Boeck.